Critique : Le Tout Nouveau Testament

On 27/08/2015 by Nicolas Gilson

Après MR NOBODY, Jaco Van Dormael retrouve un cinéma plus intimiste sans rien perdre de son imaginaire. Sans grandiloquence aucune, il signe avec LE TOUT NOUVEAU TESTAMENT une fable loufoque, doucement romanesque et satirique. Nourri de l’esprit de son co-scénariste, Thomas Gunzig, le film paraît construit pas association d’idées, plus saugrenues les unes que les autres. Dieu existe. Il habite à Bruxelles. Paf !

LE_TOUT_NOUVEAU_TESTAMENT_16 © Christophe Beaucarne« Il faut que je vous raconte l’histoire depuis le début ». Au commencement, Ea nous narre la Genèse. Ea, c’est la fille de Dieu, opprimée par un père dont la passion est de créer des catastrophes et de martyriser l’humanité. Sur les conseils de son frère, J.C., elle décide de se rendre à Bruxelles pour écrire un Tout Nouveau Testament. Elle a pêché six noms au hasards, ils seront ses apôtres. Comme elle ne sait pas écrire, elle demande à un SDF de le faire à sa place. Mais avant de partir, elle a piraté le système informatique de son père, révélant à chacun la date de sa mort. Autant dire que Dieu est hors de lui. Ça aussi Ea nous le raconte, au fil d’un nouveau récit biblique qui n’a rien de catholique.

L’accroche est directe. « Au début, on ne sait pas que c’est le début ». Ea qui se présente à nous remet l’église au milieu du village en nous regardant droit dans les yeux : « on a beaucoup parlé de son fils mais pas de sa fille ». Le conte tient de la gaudriole : doucement satirique le scénario de Jaco Van Dormeal et Thomas Gunzig respire la liberté. Pour structure, quelques livres de la Bible (la Genèse, l’Exode et le Cantique des Cantiques) et l’Evangile selon chacun de leurs nouveaux apôtres comme autant d’instantanés plus ou moins poétiques, plus ou moins absurdes et humoristiques.

Le Dieu qu’ils créent semble façonné à l’image des hommes : râleur, égoïste, raciste et misogyne, il condense en lui quelques millénaires de frustrations. Après tout, c’est qu’il se fait chier. Malheureux en ménage avec une épouse fan de baseball et de crochet en tous genres qu’il tyrannise, il paye encore les conséquences de la crise d’adolescence de son fils aîné. Alors autant dire qu’enfiler ses sandales pour contrer la destinée de sa fille, ça le met en rogne. TNT

La rencontre avec chacun des apôtres est l’occasion d’exploser le récit premier en explorant les genres et les tonalités au gré de l’imaginaire et des possibilités techniques. Les personnages rocambolesques à qui se présente Ea permettent d’effleurer une multitude de thématiques (des cougars à la prostitution masculine en passant par un abscons désir de changement de genre) tandis que l’annonce de la date de la mort de chacun (par SMS) permet d’envisager le soulagement que cette connaissance constituerait (jusqu’à l’excès). Si rien n’est crédible, la logique est imparable. Il s’agit toutefois de se laisser prendre au jeu pour que le tourbillon nous gagne. De la création de Bruxelles (et de l’homme), orchestrée par « Aquarium » de Camille Saint-Saëns, à une rencontre amoureuse avec un orang-outang, de l’hommage à Bruxelles au comique de répétition mettant en scène un dénommé Kevin, la fable est alors exaltante.

LE_TOUT_NOUVEAU_TESTAMENT_6 © Fabrizio MalteseLa frontalité qui ouvre le film fait rapidement place à une artificialité assumée qui se retrouve tant dans les décors que dans la mise en scène. S’exerce-t-il à l’art délicat de la symétrie que Jaco Van Dormael s’amuse, comme d’autres bricolent, avec les potentialités offertes par le médium cinématographique. Les parenthèses ou envolées scénaristiques, à l’instar des séquences oniriques, lui offrent alors la possibilité de tendre à la poésie visuelle – avec notamment un clin d’oeil chorégraphié à « Kiss & Cry ». Qu’importe si le manque de finition de certains trucages est notable, la magie opère. La musique d’Ann Pierlé habille le film avec grâce et candeur.

Dans le rôle de Dieu, Benoît Poelvoorde amuse la galerie. François Damiens opère dans un de ses meilleurs registres, l’émotivité retenue, tandis que la fragilité insufflée à son personnage par Laura Verlinden est troublante. Agaçante dans le rôle d’Ea, Pili Groyne n’en est pas moins bluffante. Même Serge Larrivière est convainquant. Une distribution sympathique (citons encore David Murgia et Yolande Moreau), auréolée par la présence de Catherine Deneuve. La psychologie des personnages demeure-t-elle superficielle que le casting plonge aveuglement, pour notre plus grand plaisir, dans bon nombre de situations rocambolesques dont certaines marquent joyeusement l’esprit.

LE TOUT NOUVEAU TESTAMENT
♥♥
Réalisation : Jaco Van Dormael
Belgique / France / Luxembourg – 2015 – 113 min
Distribution : Belga Films
Comédie

Cannes 2015 – Quinzaine des Réalisateurs

Le tout nouveau testament - affiche

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