Le Refuge

On 28/04/2010 by Nicolas Gilson

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François Ozon dirige avec excellence Isabelle Carré dans un rôle complexe et pluriel. Le réalisateur opère des choix esthétiques radicaux qui convient le spectateur à épouser l’intimité et la sensibilité de la protagoniste à qui donne richement vie l’actrice. Délicat parcours, LE REFUGE, malgré la singularité de la situation narrative, tend à une réelle universalité à la fois sensationnelle et sentimentale, celle du désarroi de l’individu tenu de se définir en tant que tel afin d’exister, de parvenir à respirer.

Sur base d’un scénario original co-écrit avec Mathieu Hippeau, François Ozon envisage avec justesse la détresse d’une toxicomane, Mousse (Isabelle Carré), qui apprend qu’elle est enceinte alors qu’on lui annonce le décès par overdose de son compagnon, Louis (Melvil Poupaud). Celui-ci était issu de la haute bourgeoisie parisienne pour laquelle la jeune femme ne peut qu’être une marginale au point que sa belle-mère lui demande d’interrompre sa grossesse. La prime partie du film dépeint avec verve la confrontation de deux microcosmes unis malgré eux et malgré les raisons de leur désunion. Déjà la volonté de mise à nu de Mousse l’emporte. L’anodin et ses détails sont au centre de la démarche scénaristique : importe la rencontre de la jeune femme, la communion avec son ressenti. L’ensemble de l’écriture va dans ce sens, malgré une ouverture vers un autre protagoniste, le frère de Louis (Louis-Ronan Choisy). Si celle-ci amenuise la force de l’ensemble, la confrontation à cet autre protagoniste conduit à la mise en place d’une réelle dynamique de rencontre. Celle-ci permet à Ozon et Hippeau de parvenir à la découverte de soi à travers l’autre : une révélation à la fois simple et complexe car elle suppose une introspection sincère.

Toutefois au-delà de l’acuité de l’écriture, Isabelle Carré porte proprement le projet tant elle emporte le spectateur aux confins de la confusion qui habite, anime Mousse. L’actrice subjugue tant son interprétation est magnifique.

François Ozon opte pour des choix esthétiques radicaux d’une sobriété payante : il filme ses protagonistes au plus prêt en privilégiant sans cesse un cadre serré – et même le plus souvent très (très) serré. Cette dynamique de cadrage ancre l’hypothèse de l’intimité et du ressenti : le spectateur est face à la mise à nu frontale des protagonistes, plus encore il fait corps avec eux. Leurs gestes et leurs regards prennent une importance prépondérante au point de conduire à un réalisme à la fois perturbant et nourricier.

L’emploi de la musique tend également à la rencontre du spectateur avec le ressenti des protagonistes. Soit elle est intradiégétique, soit elle se veut être perceptive de leur esprit-même. Un morceau entamé à la guitare par Louis au commencement du film se révèle être un véritable leitmotiv. Plus encore celui-ci se construit, s’étoffe peu à peu à mesure que le parcours de Mousse prend place. Cette construction s’établit selon une logique chorale avant de tendre à une réelle métadiscursivité : si aux primes cordes s’ajoutent ou se substituent un piano, les paroles de la chanson aboutissent à la révélation de l’état d’esprit à la fois singulier et complice de Mousse et du frère de Louis.

Avec LE REFUGE Ozon tend à un cinéma des sensations auquel il s’était déjà essayé avec brio – GOUTTES D’EAU SUR PIERRES BRULANTES, LES AMANTS CRIMINELS, SOUS LE SABLE ou encore SWIMMING POOL. Une redécouverte.

LE REFUGE
***
Réalisation : François OZON
France – 2009 – 90 min
Distribution : ABC Distribution
Drame / Comédie dramatique
EA

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