Le Prénom

On 11/04/2012 by Nicolas Gilson

Adaptation cinématographique de la pièce de théâtre éponyme, LE PRENOM est une comédie délectable sans être un film intéressant. Faute d’en connaître l’origine la première réflexion tient à en fantasmer la possible adaptation théâtrale. – Oups !

C’est que la dynamique scénaristique est bancale. Afin de tendre à l’émancipation du texte premier les auteurs – qui sont ici également réalisateurs – mettent en place un prologue qui, par le biais d’une voix-over d’un des personnage (Vincent interprété par Patrick Bruel), introduit les protagonistes en définissant quelques traits de leur caractère… S’il est question de donner un ton léger et de montrer la pluralité de possibilités offertes par le médium cinématographique (à travers le montage et l’association de différentes sources visuelles, le tout enrobé musicalement), cette logique est ensuite abandonnée lorsque « l’action » prend place. Cette séquence s’impose dès lors comme un truc quelque peu blasant qui manque cruellement de singularité. Si l’on adhère à la diction de Patrick Bruel et que l’on oublie le protagoniste premier (un livreur de pizza qui sert d’excuse à l’ouverture), ça passe. Si tel n’est pas le cas, il faut alors attendre que les enjeux se mettent en place – lorsqu’un choix de prénom pousse un groupe d’amis à se dévoiler sans s’épargner. L’écriture du corps du scénario est alors délicieuse avec des répliques savoureuses et un rythme intelligent… jusqu’à l’épilogue.

L’adaptation est donc duale, à la fois réussie et complètement ratée à force de vouloir rendre le texte « cinématographique » avec notamment cette séquence d’introduction qui met en place des éléments caractéristiques, qui tous se révèlent ensuite, selon une approche esthétique sans intérêt. Si la mise en scène générale manque d’originalité, elle témoigne néanmoins de l’acuité des réalisateurs à appréhender le huis clos et les réactions des différents protagonistes afin que les mots fassent mouche. Les rares évocations en flash-back et les tentatives de sortir du lieu de joutes verbales sont boiteuses. Mais la force du texte premier fonctionne et conduit au rire grâce à la centralité des mots servis par un casting emmené par Charles Berling et Valérie Benguigui.

Le décor est, de part le huis clos, lui aussi central. Et bien que la géographie du lieu n’est pas exploitée, tout en apparaissant être une réelle scène, le décor est habilement pensé et il participe à l’évolution narrative tout en nourrissant la caractérisation des protagonistes. Aussi, il est regrettable que les auteurs semblent ne pas avoir confiance en leur texte initial qu’ils enrobent avec platitude d’un prologue raté et d’un épilogue lamentable, réduisant l’écho des enjeux soulevés en une farce assommante mais néanmoins amusante.

LE PRENOM
♥(♥)
Réalisation : Mathieu DELAPORTE et ALEXANDRE DE LA PATELLIERE
France – 2012 – 109 min
Distribution : Alternative Films
Comédie

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