Critique : Le Petit Prince

On 26/07/2015 by Nicolas Gilson

En un tourbillon alliant animation numérique et de volume en stop-motion, Mark Osborne transpose avec sublime l’essence et la tonalité de l’oeuvre originale de Saint-Exupéry dans un récit rendant à l’enfance sa juste place. Si le héros créé en 1943 est bien présent, LE PETIT PRINCE n’est pas une banale adaptation : deux univers s’interpénètrent, le héros aux cheveux d’or nourrissant les rêves et l’imaginaire d’une protagoniste qui vit dans un monde normatif et satirique. Magique.

Je me suis dit que tu avais besoin d’un ami.

Afin que son avenir soit assuré, une petite fille emménage avec sa mère dans un nouveau quartier. Une entourloupe qui lui assure à coup sûr une place dans la meilleure école, « l’Académie Verte ». Et rien ne sera laissé au hasard, sa mère lui a concocté un projet de vie ; heure par heure, jour par jour… Elle pourra ainsi devenir une adulte formidable. Mais le déménagement n’est pas sans heurt et la maison voisine est habitée par un vieil aviateur dont l’excentricité gagne l’attention de la fillette. A ses côtés elle goûte à un sentiment inconnu : l’insouciance.

The Little Prince

Avant de nous plonger dans un récit original composé avec soin par Irena Brignull et Bob Persichelli, Mark Osborne ouvre le film sur l’introduction de l’ouvrage adapté. Comme dans Le Petit Prince, un narrateur évoque la conception du dessin d’un boa que les adultes perçoivent comme un chapeau malgré les explications, nécessaires et jugées farfelues, de celui qui était alors enfant. L’essence du PETIT PRINCE est là : dans la confrontation entre l’imagination et la normalisation de toute représentation, dans l’opposition entre le monde des enfants et celui des grandes personnes. Pourtant il suffit d’ouvrir les yeux pour apercevoir le merveilleux…

Si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre

L’histoire qui s’inscrit bientôt prend place dans monde formaté. Notre héroïne, mini clone d’une mère carriériste, vit avec pour seul objectif sa propre réussite. La pression est énorme, après tout sa mère ne se sacrifie-t-elle pas elle-même pour lui assurer un avenir radieux ? Pour y parvenir, elles emménagent dans un quartier dominé par la symétrie qui fait écho au « projet de vie » de l’enfant. Mais le succès à un prix, et la seule maison abordable – soit-elle identique aux autres – est voisine d’une bâtisse aux courbes saugrenues où règne un certain capharnaüm. Le futur s’oppose au passé, l’esprit cartésien, déjà, à la rêverie… Et la jeune fille, méthodique et rationnelle, condamne-t-elle d’entrée de jeu l’extravagance et la bizarrerie qu’elle n’en est peut-être que plus fascinée.

petit prince

L’inconnu qui se présente à elle lui semble d’abord inconséquent : le vieil aviateur lui envoie sous la forme d’un avion en papier les premières pages d’une aventure qu’elle juge absurde et illogique. Elle les jette à la poubelle. A quoi bon perdre son temps !? Elle a d’autres activités auxquelles le consacrer. Néanmoins l’absence de logique du récit d’un Petit Prince qui demande à un aviateur de lui dessiner un mouton la travaille. Elle a besoin d’explications. Sa curiosité doit être attisée. Son imaginaire prend peu à peu vie au contact d’un doux-dingue auprès de qui la vie a un tout autre visage. Je me suis dit que tu avais besoin d’un ami, lui a-t-il dit. L’enfant devient enfant à mesure que l’histoire de Saint-Exupéry, contée par l’aviateur, s’anime.

On risque de pleurer si on se laisse apprivoiser

Le scénario est prodigieux tant s’y mêlent habilement les deux lignes de récit qui finissent même par s’unir au coeur d’une séquence onirique. Celle-ci présente-t-elle quelques longueurs que l’ensemble n’en est pas moins extraordinaire. Indéniablement la force de l’approche est de parvenir à magnifier, au sein d’une fable contemporaine (miroir grossissant de notre société), l’universalité d’un récit intergénérationnel dont on retrouve la grâce des mots et la finesse des dessins originaux.

The Little Prince - cannes 2015

Le contraste entre le monde pragmatique que quitte peu à peu l’enfant et celui fantasmagorique qu’elle découvre est également transcendé par l’approche esthétique. A la modernité d’une animation virtuelle en 3D répond la féérie de l’animation en volume, image par image, dans des décors de cartons-pâtes. Des univers qui se contaminent par ailleurs, les couleurs pénétrant peu à peu l’univers froid et grisâtre, bétonné et normatif de la fillette ; les rêves de l’enfant se confondant avec les protagonistes pensés par l’aviateur.

Eternel et contemporain, doucement mélancolique et fabuleux, LE PETIT PRINCE subjugue. Si la qualité de la composition originale de Hans Zimmer est à souligner, on regrettera cependant la naïveté des chansons de Camille dont la mélodie ponctue pourtant délicatement le film (alors que celui-ci met en scène une enfant qui résout des équations à plusieurs inconnues, évoquer les base de l’addition est assez abscons).

Petit prince - affiche belgeLE PETIT PRINCE
♥♥♥
Réalisation : Mark Osborne
France / USA – 2015 – 106 min
Distribution : Alternative Films
Animation

Cannes 2015 – Sélection Officielle Hors-compétition

Cannes 2015 siganture 1

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