Critique : Le Nouveau

On 23/12/2015 by Nicolas Gilson

Premier long-métrage de Rudi Rosenberg, LE NOUVEAU porte sacrément bien son titre et ce bien au-delà de la narration au coeur de laquelle nous sommes entrainés. Pensé au rythme de la nostalgie d’une période ou s’entrechoquent euphorie et embarras, le film entremêle habilement plusieurs degrés de lecture et se révèle dès lors accessible à tous les âges. La personnalité que le réalisateur parvient à lui insuffler est d’autant plus délectable qu’il est loin d’être creux. Faisant corps avec le protagoniste, nous replongeons à l’aube de notre propre adolescence… avec une distance, toujours bienveillante, croisant candeur et dérision.

LE-NOUVEAU_1

Venant de déménager à Paris, Benoît (Réphaël Ghrenassia) débarque dans un nouveau collège. Tentant de se faire un place, il est fascinés par les garçons populaires qui, qu’importe leur comportement, lui paraissent être les plus intéressants. D’autant plus que face à eux, il y a des bandes de filles ou une série de ringards…

Derrière des fenêtres où sont collées des silhouettes de petits poneys et des visages de Barbie, un jeune garçon qui ronge son frein. Jouant d’entrée de jeu avec nos attentes, Rudi Rosenberg nous laisse découvrir son protagoniste dans un espace qu’il ne s’est pas encore approprié – mettant par là déjà en scène les enjeux qu’il va bientôt développer. La situation est désamorcée avec acuité, un repas familial permettant de nous mettre littéralement à table. Affrontant la dure réalité d’être « le nouveau », Benoît ne s’est encore guère fait le moindre camarade et, par orgueil, il envoie paitre sa mère lorsqu’elle lui conseille d’offrir des chocolats à ses condisciples… Et autant dire qu’il reste sourd au discours de son père sur le devenir des grandes gueules.

Reléguant les adultes au placard, le réalisateur se concentre sur l’univers que l’adolescence constitue en tant que telle. Une réalité parallèle et tristement commune, dont le royaume est une école qui se révèle être un microcosme d’une virulente violence. Au sein même du collège, où la cour de récréation et la cantine sont des terrains minés, les adultes s’effacent également, n’étant présents que lorsqu’ils brillent par l’absence de réaction face au harcèlement dès lors banalisé.

Rudi Rosenberg trouve le ton juste pour tout à la fois épouser le regard et l’énergie de ses protagonistes, et mettre en place un point de vue de grand imagier qui semble partager avec nous souvenirs et impressions. Loin d’esquisser un énième parcours initiatique, il propose au fil d’anecdotes (le plus souvent truculentes, de la découverte d’un 45 tours de Vasco Rossi à la première cuite… sans alcool) les chroniques de la naissance de l’amitié – rien de moins.

En somme, le film est toujours drôle et jamais con. De quoi rire de bon coeur, grassement aussi non sans avoir quelques fois les yeux humides. Encore dans l’enfance, Benoît, qui porte sciemment des vêtements un peu trop justes dans lesquels il se sent bien, refuse-t-il de grandir qu’il est contraint de le faire – aidé ou non par son oncle (Max Boublil) incapable de sortir de l’adolescence (un paradoxe des plus délectable). Des décors aux costumes, rien n’échappe au réalisateur qui n’intellectualise pourtant jamais son approche.

Mais la clé de voute de l’édifice repose sur une gageure : faire confiance à un casting de jeunes débutants dont le talent nous foudroie littéralement.

LE NOUVEAU
♥♥
Réalisation : Rudi Rosenberg
France – 2015 – 81 min
Distribution : Lumière
Comédie

FIFF 2015 – Compétition Première Oeuvre (Prix du Public)

Le nouveau - affiche Réphaël Ghrenassia - Le nouveau

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