Le nom des gens

On 23/11/2010 by Nicolas Gilson

Michel Leclerc propose un film d’une rare intelligence, alliant avec brio comédie et dimension sociétale. Le scénario est d’une rare justesse, à la fois drôle et émouvant, léger et engagé. Deux principaux protagonistes interpellent le spectateur, se racontent littéralement à lui. Arthur Martin (Jacques Gamblin), honteusement d’origine juive, et Bahia Benmahmoud (Srah Forestier), qui revendique au contraire ses origines algériennes et la mixité qu’elle véhicule, se livrent par le biais du récit de leur rencontre et de la mise à nu de leur vie respective.

L’ouverture du film repose sur une complicité forcée : les deux protagonistes prennent le spectateur à témoin en s’adressant à lui directement. Une frontalité tantôt visuelle, tantôt uniquement sonore mais qui n’aurait de cesse d’être développée. Le réalisateur allant jusuq’à nous fondre, confronte, à leurs fantômes, leurs fantasmes et leurs pensées. Les récits évoqués revêtent rapidement le statut de témoignage. Arthur et Bahia sont les témoins de leur époque, de leur société, bref, de la France d’aujourd’hui. La dynamique est simple : LE NOM DES GENS crie l’importance du devoir de mémoire. Celui-ci est pluriel : de la décolonisation – un sujet un peu trop à la mode et enfin appréhendé avec justesse, à la déportation juive ; du racisme au féminisme ; du socialisme à la grippe H1N1; de la pédophilie à l’immigration … tout semble y passer. Le tout est très engagé, surtout contre une certaine droite. La politique retrouve la nécessité d’un idéal utopique et social. On rit, on pleure, on adore !

Des témoignage à la rencontre amoureuse, des cellules familiales à la société avec un grand S, Leclerc convie le spectateur à un magnifique voyage au cœur de l’histoire contemporaine.

L’approche esthétique est magique. Elle pourrait être brouillonne mais renvoie à la sensibilité des deux protagnistes. Recours au noir et blanc, images d’archive, changement de grain, Super 8 … Chaque changement esthétique se veut être porteur de sens. Le noir et blanc renvoyant à la lourdeur de la technique télévisuelle des années d’après-guerre ; le Super 8 à la légèreté d’un médium alors neuf … Rien n’est en fait anodin. Et l’évolution de l’approche esthétique renvoie au final à celle des protagonistes. Le statut des flash-backs suivant cette même évolution.

La dimension musicale est purement succulente. Mais le réel délice tient au casting : si Jacques Gamblin excelle, Sarah Forestier est merveilleuse ! Elle donne vie à un personnage complètement décalé dont le naturel transcende une joie de vivre, un engagement et un idéal communicatifs.

LE NOM DES GENS
♥♥♥(♥)
Réalisation : Michel LECLERC
France – 2010 – 106 min
Distribution : Les Films de l’Elysée
Comédie
EA

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