Critique : Le labyrinthe du silence

On 28/04/2015 by Nicolas Gilson

Nous plongeant dans l’Allemagne de 1958, Giulio Ricciarelli met en lumière un épisode crucial et pourtant oublié de l’histoire de l’après-guerre, lorsque le voile se lève sur la réalité des camps et que les allemands font face à leur passé. Pour ce faire, il nous fond au combat d’un jeune procureur décidé à ce que son instruction conduise à un procès permettant à la vérité d’éclater au grand jour, rompant le mutisme des uns et le silence des autres. Classique et affecté, IM LABYRINTH DES SCHWEIGENS (Le labyrinthe du silence) n’en est pas moins captivant.

C’est un labyrinthe, ne vous y perdez pas.

1958, Johann Radmann est en ambitieux procureur, à cheval sur les principe, qui n’instruit cependant que des dossiers sans importance. Intrigué par les révélations d’un journaliste consterné de voir un ancien SS enseigner dans une école, il décide de s’intéresser aux faits qu’il lui reproche. Ce faisant il découvre les atrocités des camps de concentration et, se procurant un document essentiel à toute instruction, est bientôt chargé par son responsable de la mener.

le labyrinthe du silence - dossiers Auschwitz

Afin d’aborder « le procès de Frankfort », Giulio Ricciarelli prend le parti de la narration sous l’angle du thriller. C’est ainsi qu’avec sa co-scénariste, Elisabeth Bartel, il opte pour la mise en exergue d’un protagoniste fictif qui, telle une oie blanche, découvre l’horreur et s’insurge afin que justice soit rendue. Cet axe lui offre la possibilité d’entrer aisément au coeur du sujet en nous invitant à partager la curiosité du personnage. Comment se fait-il que les atrocités d’Auschwitz soient tues ? D’emblée la question est beaucoup plus vaste et se veut universelle : comment une société peut-elle aller de l’avant si les bourreaux d’hier ne sont pas reconnus coupables de leurs actes et plus encore si ces actes ne sont pas connus, révélés et condamnés.

Malgré une introduction maniérée, l’approche est efficace. Il s’agit de révéler les enjeux et de mettre en place les protagonistes mais aussi le contexte social – l’essor économique – dans lequel le film s’inscrit. Toutefois la caractérisation des personnages et le développement narratif se veulent archétypaux voire caricaturaux.

IM LABYRINTH DES SCHWEIGENS - romance

Aussi l’intérêt du scénario est paradoxalement son pire défaut : Giulio Ricciarelli et Elisabeth Bartel veulent tout aborder, tout condenser. C’est alors sans finesse et avec une complète artificialité qu’ils mettent en scène une fresque qui envisage tous azimuts les conflits sous-jacents d’une société schizophrène offrant à constater une multitude de situations et trouvant trop aisément dans le dialogue une porte d’entrée (et de sortie). Une impression renforcée par une réalisation ampoulée et ronflante, étonnamment académique pour un premier long-métrage.

Si, d’un manichéisme outrancier à une incontournable romance, le scénario ne semble éviter aucun écueil, il a le mérite de mettre en scène avec pudeur et intelligence les témoignages des survivant des camps. Au coeur du LABYRINTHE DU SILENCE, les langues se délient sans que nous n’entendions le moindre récit des survivants qui pourtant, à travers les mots et l’écoute, retrouvent quelque humanité. Se focalisant sur la réaction des nouveaux témoins – dont une secrétaire quelque peu sous-exploitée – le réalisateur parvient alors à transcender son sujet.

LE labyrinthe du silence

IM LABYRINTH DES SCHWEIGENS
Le labyrinthe du silence

Réalisation : Giulio Ricciarelli
Allemagne – 2014 – 123 min
Distribution : Lumière
Drame historique


LE LABYRINTHE DU SILENCE – Trailer / Bande… par NoPopCorn

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