Le Havre

On 02/01/2012 by Nicolas Gilson

Marcel Marx, un vagabond qui a connu un succès artistique lorsqu’il était écrivain, est cireur de chaussures. Il propose ses services au Havre, notamment à la gare aux trains du matin et du soir, et retrouve chaque jour sa femme, Arletty (une citation presque directe), qui tient bourse et maison. Son monde est coloré et délicatement artificiel, comme hors du temps. Son quotidien semble sans secret, jusqu’au jour où il rencontre un jeune immigré africain recherché par la police alors qu’il tente de goûter à la liberté et de rejoindre Londres.

Aki Kaurismäki réalise une douce fable, pertinente et impertinente. Il met en place un univers singulier au sein duquel le réel épouse l’irréel. La réalité envisagée est celle des exilés qui arrivent dans le nord de la France avec l’espoir de traverser la Manche. Ces immigrés que l’on retrouve dans des containers à marchandise et qui sont considérés, quoi que l’on en dise, comme de la vermine. Des immigrés qui ne sont même pas tolérés par un système qui les accueille avec un équipement digne du fantasme policier des années 80.

Le réalisateur met premièrement en place un décor hors du temps. De nombreuses références cinématographiques sont perceptibles, avec une tonalité humoristique délectable. Eclairage et découpage n’auront cesse de rendre vie, singulièrement, aux réalisations d’autrefois. Mais Kaurismäki crée un décalage, il enrobe son film musicalement de manière quelques fois abrupte, exagérée, comme autant de clin d’yeux à une désuétude pourtant merveilleuse.

L’approche esthétique est savoureuse et englobe dans son artificialité un réalisme cru quant à l’hypothèse de l’immigration à l’instar des images d’actualités qui ancrent irrémédiablement le film dans la réalité. Mais qu’importe celle-ci, le réalisateur s’en amuse et cela est proprement réjouissant.

La caractérisation des personnages et la dynamique de jeu sont savoureuses – le casting l’est tout autant. A nouveau c’est par le biais de l’artificiel que le réalisateur fait mouche. Mais si la mise en scène, décalée et amusée, est jouissive, la qualité de l’écriture tant des situations que des dialogues est indéniable. Kaurismäki rend hommage aux mots. La pertinence de certaines répliques et l’impertinence d’autres conduisent au rire… et à la réflexion ! Avec LE HAVRE les miracles prennent forme, et c’est réjouissant.

LE HAVRE
♥♥♥
Réalisation : Aki KAURISMAKI
France/Allemagne – 2011 – 93 min
Distribution : A-Films
Comédie / Comédie dramatique
Cannes 2011 – Sélection Officielle en compétition

Article publié le 17/05/2011

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