Critique : Le Grand Partage

On 21/12/2015 by Nicolas Gilson

Fantasmant une résolution décrétale imposant en France la solidarité vis-à-vis des mal logés, Alexandra Leclère aborde un réel sujet de société en mettant au pilori la bienséance de la bourgeoisie. Abordé sous l’angle de la comédie, LE GRAND PARTAGE dont il est question, au fil d’une évolution narrative qui s’épuise avant de tourner en rond, s’avère être du grand n’importe quoi.

Alors que l’hiver est rude et que les manifestations pour le droit au logement s’intensifient, le gouvernement français publie un décret contraignant les mieux logés à accueillir chez eux ceux en situation précaire. Comment vont réagir les habitants d’un immeuble cossu des beaux quartiers de la ville lumière ?

le grand partage - viard bourdon

Le film s’ouvre en musique sur la subdivision, ferme, d’un merveilleux plantant tout à la fois le décor de Paris et le ton d’une comédie au trait épais. L’improbable couple formé par Karin Viard et Didier Bourdon fait bientôt face à celui réunissant Valérie Bonneton et Michel Vuillermoz. Les premiers sont des bourgeois au sens classique du terme, les seconds en sont la nouvelle forme ou le nouvel élan, les « bobos » bien-pensants. L’introduction des protagonistes excite-t-elle les papilles que le choix du gâteau ouvrant les festivités est on ne peut mieux éclairant : l’abus de crème et de meringue ne peut que conduite aux lourdeurs d’estomac. Et le manque de finesse accordé au développement scénaristique est tel qu’il devient garant d’aigreurs…

« – Caricature de bourgeoise !
– Caricature de bobo ! »

Le pitch met en appétit. L’exposition des personnages, des situations et leur réactions face à l’annonce du décret assoient une tonalité efficace. La caractérisation amuse jusque dans les détails tant elle tient de la caricature : du vin rouge pour les uns, du blanc pour les autres ; chacun son espace, des portes sous forme de voile. Mais qu’y a-t-il au-delà ?

Le « pauvre » pensé par Alexandra Leclère devient « l’étranger » – qu’il soit de couleur (le bourgeois français est blanc), d’une autre orientation sexuelle, dépressif ou SDF. La pauvreté n’est pas envisagée dans ce qu’elle a d’ordinaire. Il faut rire. Et l’ordinaire ne fait pas rire. Dès lors il semble nécessaire d’épaissir le trait. Et puis, le racisme, c’est drôle, alors autant confondre le nécessiteux avec le sans-papiers qui, puisqu’il faut bien être égalitaire, triche et abuse autant que ceux qui ont les moyens. A moins évidemment qu’ils refusent le partage, préférant se cloîtrer dans une chambre de bonne – ils seront alors juifs car l’humour raciste n’est pas complet s’il n’est pas aussi antisémite.

le grand partage - bourgeoise bobo

Dans LE GRAND PARTAGE, le racisme est à tous les étages. C’est drôle, un temps, mais comme ce n’est jamais désamorcé, on s’en veut de rire. Et on se sent bête. Si le film tenait son rythme, on ne s’en rendrait sans doute pas compte. Mais comme il s’épuise inéluctablement… On est face à soi-même. Le racisme devient lui-même l’objet de blagues et, fatalement, de rédemption – évidemment car le racisme, même si c’est un bon fond de commerce, c’est mal. Le bourgeois, comme le bobo, s’ouvre nécessairement à l’autre. La morale s’impose. La bienséance annonce la dernière danse – une valse pour mieux revenir en place.

L’ensemble se noie dans une approche impersonnelle gentiment artificielle et, si le casting ne démérite pas, personne n’a rien à défendre. On regrettera de voir Firmine Richard sous-exploitée, reléguée au rang de bonne vénale. Mais bon… les costumes sont bien choisis, les répliques affutées et la musique domine tout sentiment.

LE GRAND PARTAGE
•/♥
Réalisation : Alexandra Leclère
France – 2015 – 102 min
Distribution : O’Brother Distribution
Comédie

Le grand partage - affiche - belgique

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