Critique : Le Gamin au Vélo

On 10/05/2011 by Nicolas Gilson

LE GAMIN AU VELO condense en son titre l’identitaire du personnage qui s’impose d’emblée, presque malgré lui, comme central. Cyril vit dans un foyer d’accueil. Son père l’y a abandonné mais Cyril refuse d’accepter la réalité, trop brutale et inhumaine. Il crie son désarroi avec véhémence et l’exprime dans l’adversité. Il rejette les éléments qui brisent sa logique et il se focalise sur un objet qui synthétise sa relation au père : son vélo. Il veut absolument le retrouver ; l’objet se substituant à l’homme, l’objet se voulant être le garant de la relation.

CHRONIQUES D’UN GARCON PERDU

C’est dans une situation de crise qu’il est donné au spectateur de rencontrer Cyril – interprété par le jeune Thomas Doret, sidérant. Une crise apparemment régulière qui atteint cependant son paroxysme : Cyril ne tient plus, il doit absolument retrouver son vélo, le posséder, afin de maîtriser une situation qui le dépasse complètement. Il ne peut mettre des mots sur quelque chose qu’il refuse d’envisager. Il définit son propre ordre de réalité, conscient néanmoins de la logique et des règles communes, afin de ne pas sombrer, de garder la tête haute. Une fierté qui le tient en vie au cœur d’une insouciance dont la naïveté est relative.

Cyril fuit donc. Il s’enfuit pour retrouver l’objet de sa quête. Il ne le trouve pas mais sur sa route il fait malgré lui une rencontre décisive. Son vélo lui est rendu par un inconnue, Samantha (Cécile de France), à qui il demande de l’accueillir les fins de semaine. Sans raison apparente, sans la moindre motivation, celle-ci accepte. L’adulte est alors plus naïve que l’enfant dont la quête continue malgré la réappropriation de l’objet. L’enfant court derrière ses repères, derrière lui-même. Il court derrière une fatalité qu’il se refuse à admettre tandis qu’à travers lui le regard de l’inconnue sur le monde se transforme tant il lui importe de recueillir cet enfant, de le materner.

DYNAMIQUE TROUBLE VOIRE ROMANESQUE

Le scénario repose sur une construction en succession de mouvements qui sont autant de crises suivies d’une résolution conduisant néanmoins inexorablement à une nouvelle crise. Les crises, ici, ne s’additionnent pas. Si elles résultent toutefois de la crise première, celle-ci ne cesse de se remodulée par rapport à l’évolution de la situation d’urgence de départ qui tend, sans cesse, à une résolution globale. Le film est comme chapitré, chaque mouvement se différenciant clairement des autres à la fois d’un point de vue narratif mais aussi par l’inscription d’un leitmotiv musical.

La caractérisation des protagonistes est soignées. Les enjeux psychologiques sont nombreux et sont appréhendés avec intelligence, le plus souvent à travers les gestes. A l’instar du père (Jérémie Renier) qui s’agite dans sa cuisine pour fuir la confrontation au fils, quitte à ne répondre à aucune logique ; ou encore de Cyril qui s’exprime par le refus de la formulation verbale en laissant couler l’eau… Les actions n’ont de cesse de dominer et de conditionner la communication. Ce qui n’empêche pas celle-ci de prendre place, avec une violence, qui tend à l’inhumain, quelques fois stupéfiante.

Toutefois la centralité de Cyril est ponctuellement gommée. Samantha, l’inconnue moteur de changements et de la résolution, revêt une importance quelques fois trop centrale sans que jamais les intentions du personnage ne soient esquissées. L’abandon du point de vue, néanmoins dominant de Cyril, déforce l’essence narrative car il ne conduit pas pour autant à épouser celui de la femme – celui-ci n’est en fait jamais établi.

Cette dynamique trouble se retrouve dans la captation. Au sein de celle-ci, malgré une caméra mobile qui épouse le rythme dicté par les actions, une impression de distanciation s’opère. La caméra oscille d’un corps à l’autre, d’une dynamique à une autre. LES GAMIN AU VELO manque en fait de radicalité. Les frères Dardenne mettent à nouveau en scène, avec justesse, la réalité mais celle-ci apparaît trop romanesque. Le film en perd dès lors toute intensité.

LE GAMIN AU VELO
♥♥
Réalisation : Luc et Jean-Pierre Dardenne
Belgique – 2011 – 84 min
Distribution : Cinéart
Comédie dramatique
EA

Cannes 2011 – Sélection Officielle en Compétition

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