Le Dernier pour la Route

On 13/10/2009 by Nicolas Gilson

Le premier long métrage de Philippe Godeau ne séduit guerre. Gauchement mis en scène au point de n’être que démonstratif, il s’enlise irrémédiablement dans un consensualisme sans borne. François Cluzet a beau donner vie avec sincérité au personnage central – Hervé Chabalier, dont le livre est ici adapté – rien n’y fait. En prenant le spectateur par la main, en lui mâchant la pâtée, Godeau semble réaliser un très bon téléfilm, sans plus. Les raisons sont multiples.

En premier lieu, la mise en scène qui apparaît âprement impersonnelle : chorégraphie éculée, emportant le spectateur d’évidence en évidence – Ah les gros plans à valeur psychologique… Tout se règle dans le dialogue, à l’exception d’une récurrente dynamique de flash-back… Les mots ont plus d’importance que les gestes : il ne s’agit pas de rencontrer le désarrois d’un individu ni d’un groupe d’alcooliques, mais d’en démontrer la détresse. Et lorsque le réalisateur fait enfin confiance aux « images » cela se fait de manière appuyée, avec un improbable insistance.

Cependant le plus effarant reste la direction d’acteur : les seconds rôles figurent lorsqu’ils n’ont rien à dire. Godeau ne parvient pas à créer une cohérence d’ensemble, à donner vie au récit au-delà du protagoniste principal : aussi tout sonne faux, la mise en scène est artificielle à souhait tandis que le jeu devient ridiculement récitatif.

La composition musicale de Jean-Louis Aubert sert de pur renfort emphatique ; il s’agit de mettre le spectateur en condition, qu’il respire et qu’il sourie le moment voulu et, avant tout, qu’il soit conduit au bord des larmes lorsque la trame narrative l’impose.

L’écriture enfin se ressent et fait écho au jeu récitatif : les petites blagues trop écrites, l’absence de vie des seconds rôles – car après tout importent-ils vraiment ? – ou encore l’insistance sur le caractère dramatique de la relation père-fils.

Mais Godeau parvient tout de même à l’émotion dans les séquences confrontant le protagoniste à sa femme ou encore son fils. Certes rien n’est bien fin – l’écriture se ressent encore et toujours, mais la radicalité et l’âpreté des échanges est touchante. Anne Consigny et Arthur Moncla insufflent au film une réelle dimension dramatique, sans doute car seuls leurs personnages contiennent dans leurs silences une touchante sincérité. A l’opposé de cela, le jeu de Mélanie Thierry est à la limite du pathétique. Mais y peut-elle quelque chose ?

dernier pour la route

LE DERNIER POUR LA ROUTE
*
Réalisation : Philippe GODEAU
France – 2008 – 107 min
Comédie Dramatique
Distribution : Cinéart
EA

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