Critique : Le Conte de la Princesse Kaguya

On 07/08/2014 by Nicolas Gilson

Adaptation du récit considéré comme le plus ancien texte narratif japonnais, LE CONTE DE LA PRINCESSE KAGUYA est un petit bijou de poésie. Isao Takahata, qui fonda le Studio Ghibli avec Hayao Miyazaki, retrouve la réalisation et signe une animation en aquarelle, aux pastels et au fusain visuellement magistrale. Quelque peu prolixe et sentimentaliste, le film se veut enchanteur.

le conte de la princesse Kaguya-coupeur de bambou

« Il était une fois… »

Un coupeur de bambou découvre au creux d’une tige une minuscule princesse, irradiée par un faisceau lumineux. L’homme et son épouse recueillent l’enfant qui atteste d’une croissance précoce. Déjà petite fille, la princesse découvre les joies offertes par la nature, l’amitié et l’amour – berceaux de liberté. Son père adoptif, qui récolte or et soieries dans la canne du bambou, lui prépare une destinée dans la capitale où il lui fait construire un palais. Déracinée, la jeune femme y reçoit une éducation de haut rang avant d’être courtisée par cinq princes. Soucieuse de son indépendance, elle les invite à relever les défis qui illustrent leurs aveugles louanges.

La dynamique scénaristique repose sur celle du conte. Isao Takahata recourt ainsi à une voix-over qui inscrit la dimension narrative au travers de la formule de circonstance « il était une fois ». Néanmoins le merveilleux se dessine d’emblée avec la découverte de la princesse et au fil de son évolution. A travers ses yeux, et ceux posés sur elle, il s’agit bientôt d’être frappé d’admiration pour la nature qui l’entoure ou la candeur d’une comptine – qui intègre remarquablement la dynamique narrative.

le conte de la princesse Kaguya-enfant

Récit initiatique, LE CONTE DE LA PRINCESSE KAGUYA apparaît – au-delà de la surprenante croissance de l’enfant bientôt pubère – comme un hymne à la liberté. Travesti en nobles, les parents de la princesse cherchent à lui donner l’éducation qu’ils jugent nécessaire à son épanouissement. Faite de codes et de normes, celle-ci est aux antipodes de l’allégresse vécue à la campagne. La jeune femme, qui trouve refuge auprès de sa mère dès que celle-ci abandonne son costume d’apparat, chérit plus que tout son indépendance. Aussi elle ne se laisse pas berner par les prétendants qui lui promettent monts et merveilles – allant jusqu’à refuser la demande de l’Empereur.

A mesure que la princesse découvre les sentiments humains, nous partageons son ressenti grâce aux modulations du traits du fusain et de la composition du dessin. Exacerbée par le graphisme et la dynamique visuelle, l’émotion est également rendue palpable par les variations musicales. Et force est de constater que l’apparente simplicité de l’animation traditionnelle – en deux dimensions – est féérique tant le procédé permet de transcender une multitude de sensations. Un changement de gamme de couleurs ou d’épaisseur du trait engendre avec brio un basculement complet pouvant signifier l’onirisme ou illustrer l’indicible.

Malgré l’approche majestueuse, le film pêche quelque peu par sa longueur. Isao Takahata propose toutefois un voyage sensible à travers les émotions de son héroïne et de ses proches. Ce faisant il loue proprement l’indépendance à laquelle tend Kaguya qui répond aux désirs « traditionnels » de son père en refusant cependant de s’y soumettre aveuglement quitte à provoquer sa propre perte. Comme quoi un conte du X ème siècle peut se révéler féministe.

le conte de la princesse kaguya - affiche

LE CONTE DE LA PRINCESSE KAGUYA
Kaguya-hime no monogatari
♥♥
Réalisation : Isao Takahata
Japon – 2014 – 137 min
Distribution : Lumière
Animation / fantastique / drame

Cannes 2014 – Quinzaine des réalisateurs

le conte de la princesse Kaguya - princesse

le-conte-de-la-princesse-kaguya-kaguya-hime-no-monogatari

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