Critique : Le Chant de la Mer

On 10/12/2014 by Nicolas Gilson

Tendre et enchanteur, LE CHANT DE LA MER séduit par sa poésie et son intelligence. Une symphonie de couleurs et un splendide graphisme sont au service d’une fable simple et sublime qui aborde avec brio de nombreux thèmes à l’instar du deuil et de la fraternité. Revisitant les mythes et légendes irlandais, Tom Moore leur rend vie avec grâce tout en esquissant, par sa démarche-même, l’intérêt que revêt leur transmission. Magique.

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Ben vit dans la phare d’une petite île avec sa soeur Maïna et leur père. S’il considère son chien comme un ami, il ne supporte pas sa petite soeur dont la naissance correspond avec le départ de leur mère. Il fantasme fougueusement les récits que lui contait ses parents et avec lesquels ils s’amusent à effrayer Maïna – qui, ne parlant pas, ne peut que difficilement se défendre. Fascinée par un coquillage transmis à Ben par leur mère et par les phoques qui l’observent quand elle est sur la plage, la petite fille découvre dans une malle un manteau magique qui lui permet de parcourir les fonds marins avec les phocidés. Sous prétexte des dangers de la mer, les enfants sont emmenés en ville chez leur grand-mère de chez qui ils s’enfuient bientôt…

D’entée de jeu Tom Moore nous fond à l’hypothèse des légendes qui prennent place pluriellement à l’écran. Contées à Ben par sa mère, elles sont l’objet d’une fresque dessinée par l’enfant et ses parents qui berce ses rêves – si pas sa vie. Le parfait paradigme familial auquel donne vie le réalisateur est mis à mal avec subtilité suggérant la mort de la mère alors qu’elle doit donner vie. Semblant s’enfuir non sans peine, elle confie avec douleur être « désolée ». Une ellipse laisse le champs ouvert tout en notifiant bel et bien sa disparition.

Le chant de la mer - Maïna

En plus de mettre en place l’hypothèse des mythes, la séquence d’ouverte présente l’intérêt de témoigner d’une riche circularité. Notable graphiquement celle-ci est démultipliée symbolisant tout à la fois la circulation des récits, leur caractère infini voire immuable et l’amour maternel. Rondeurs et chaleur des couleurs balayent le film d’un bout à l’autre participant à sa vivifiante tonalité.

Ben et Maïna vivent ensemble, une aventure qui les transforme. LE CHANT DE LA MER devient au fil de son développement narratif un récit initiaque à plusieurs voix/es nourrissant l’ensemble des protagonistes, enfants comme parents. Peu à peu, les légendes pénètrent leur réalité. Des légendes qui se veulent « intergénérationnelles » et abordent non sans humour et légèreté, au fil de rencontres fantastiques, des questions-clés dans l’évolution de tout être, du deuil à l’acceptation et à l’expression nécessaires de ses émotions.

Comme le souligne le titre, un chant enrobe le film d’un bout à l’autre. Entamé par la mère de Ben, il a un écho légendaire et donne à l’ensemble son mouvement. Réel leitmotiv – et autre jeu circulaire – il est capital à la résolution des enjeux tout en devenant un élément de communion entre les protagonistes – mais aussi avec le spectateur bercé et emporté en son flot. Eblouissant.

Le chant de la mer - affiche

LE CHANT DE LA MER
THE SONG OF THE SEE
♥♥(♥)
Réalisation : Tom MOORE
Danemark / Belgique / Irlande / Luxembourg / France – 2014 – 93 min
Distribution : O’Brother
Animation

Filem’on 2014

Le chant de la mer

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