Critique : Le Bal des Actrices

On 11/03/2009 by Nicolas Gilson

Maïwenn désire réaliser un documentaire sur les actrices. Elle parvient a en convaincre quelques unes qu’elle filme dans l’intimité. Mais il lui faut convaincre son producteur de l’intérêt de sa démarche et trouver un équilibre dans la gestion de son propre quotidien …

ENTRONS DANS LA DANSE

«Le réel documentaire» ancre la première citation du film de Maïwenn. Après un interlude musical ouvrant le bal et engendrant d’emblée une distanciation marquant l’artificialité, la première séquence du second long métrage de la réalisatrice la présente en train de lire «les cahiers» dont le titre est un clin d’oeil savamment appuyé à la fresque qui va s’inscrire peu à peu.

L’ironie prend place dans ce qu’elle a de plus croustillant : la moquerie de soi. Car en mettant en scène des actrices interprétant leur propre rôle fantasmé Maïwenn n’hésite pas à se moquer d’elle-même autant à mesure qu’elle les invite à le faire. De là un ton personnel qui engendre l’adhésion du public et qui met entre parenthèse les problèmes de rythme et d’équilibre.

Ceux-ci sont pourtant nombreux mais ils ne rompent en rien le charme et la fraîcheur de ce long métrage à la fois sincère et hystérique. Récit en dent de scie, chansons tantôt dépourvues de réel intérêt tantôt pleine de sens, montage décousu … Mais ces défauts pourtant notables engendrent étrangement l’adhésion à un univers personnel. La réalisatrice invite le spectateur à pénétrer un monde faussement vrai et vraiment faux qui au final est porteur de sens : celui d’un regard admiratif sur une schizophrénie nécessaire, celle constituante de l’individualité de chaque actrice.

En entremellant une artificialité appuyée et une hypothèse de faux-documentaire, Maïwen parvient à semer le trouble chez le spectateur tout en lui permettant de découvrir les multiples facettes du métier et de la réalité des actrices. Entre guimauve colorée et justesse d’une fausse captation directe, au-delà du rire et de la dérision, Maïwen témoigne, en plus d’un intérêt pour les actrices, d’une connaissance et d’un amour pour le cinéma.

Certes nous ne sommes pas dans l’absurde et le burlesque des Acteurs de Bertrand Blier ; l’écriture de Maïwenn n’est pas la sienne. En cherchant à mettre à nu le caractère névrotique et la fragilité des actrices Maïwenn n’a pas la prétention de raconter une histoire ni même d’emmener le spectateur au coeur d’un hypothétique trajet. Elle le confronte brutalement à une réalité trouble ; à la fois vraie et fantasmée, sincère et artificielle … fondamentalement fausse mais étrangement juste.

Chaque actrice a et trouve sa place au sein d’un univers tantôt strassé et magique tantôt bien amer, au centre duquel Maïwenn ne s’épargne pas, bien au contraire. Et si les protagonistes vont et viennent de manière abrupte, frustrant quelque peu le spectateur – qui en veut encore, qui en veut plus – sans doute faut-il y voir la finesse de la réalisatrice qui nous donne à voir en ne nous laissant en somme jamais devenir voyeur.

LE BAL DES ACTRICES

**(*)
Réalisation : Maïwenn
France – 2007 – 105 min
Distribution : Victory Productions
Comédie
Enfants admis

Trackbacks & Pings

  • Un Grand Moment de Cinéma » Marina Foïs : Entrevue :

    [...] Un jour, un mardi, je reçois un coup de fil de Maïwenn, que je ne connaissais pas – on s’était croisé deux fois – qui tournait PARDONNEZ-MOI et qui me demande si je peux jouer le vendredi dans son film. Je lui réponds que non, en expliquant que je répète au théâtre. Elle me propose alors d’y aller après les répétitions, à minuit. Je lui dit que je suis d’accord et je lui demande si elle a un scénario que je peux lire. Elle me répond que non. J’ai dit oui, je ne sais pas pourquoi. J’y suis allé, elle m’a jeté dans une robe, ils m’ont maquillé, elle m’a foutu dans les bras d’un mec et elle m’a raconté deux-trois trucs et j’ai fait une impro. On a du faire trois-quatre prises et c’était plié. Deux mois après elle m’a appelé pour me dire qu’elle avait coupé la scène au montage parce qu’elle n’avait rien à foutre dans son film. Quelques mois après je suis allée voir son film en salle et je suis tombée par terre de mon fauteuil tellement ça m’a plu. Je lui ai laissé un message de trois heures sur son répondeur ; puis nous avons déjeuné ; puis nous avons fait LE BAL DES ACTRICES. [...]

  • Un Grand Moment de Cinéma » Karine Viard : Entrevue :

    [...] audacieux, gonflé, vachement bien… Du coup quand il a été question qu’elle fasse LE BAL DES ACTRICES, elle m’a contacté en me disant qu’elle voudrait faire un film sur les actrices. Elle [...]

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