L’autre monde

On 17/08/2010 by Nicolas Gilson

Yves Marchand offre un intelligent film sur la fascination et la manipulation. Au-delà il envisage avec brio la perversité possible de l’outil internet et des nouvelles technologies. Le protagoniste principal, Gaspard, se retrouve piégé par la faute de la curiosité. Un objet en est le moteur : un portable oublié qui déjà trouble l’intimité du jeune homme …

Le désir amoureux, et l’indéfinissable enivrement qu’il suscite, est à la base de la fascination envisagée par le réalisateur. Lorsque le jeu premier – de découvrir à qui appartient l’objet trouvé et quels sont les mystères qui se cachent derrière – se meut en réel envoûtement, celui-ci repose sur l’attirance physique et aveugle de Gaspard pour une terrible icône sensuelle et vampirique, Sam. Le réalisateur parvient à mettre en scène le basculement de la raison à la déraison ; non seulement il tend à assimiler la perception du spectateur à celle du protagoniste principal, mais plus encore il réussit à ancrer visuellement ce basculement, grâce à un regard caméra perturbant. La perdition mise en place est graduelle, savante et oppressante. A chaque étape, un objet précis en est le révélateur – gsm, caméra, ordinateur ou encore casque de musique.

Le développement scénaristique, bien que réfléchi, ne sobre jamais dans la démonstration. L’évolution de Gaspard reste le centre d’attention, son regard devenant celui du spectateur. Toutefois celui-ci se retrouve ponctuellement à distance de l’émoi du jeune homme, afin de pouvoir en mesurer le trouble. L’hypothèse de fascination conduit brillamment à celle de manipulation. Si la légèreté première repose sur l’aveuglement, celui-ci devient le moteur d’une cruelle crise. Gaspard est pris au piège de ses sentiments, ou plutôt de la sensation suscitée par la détresse fantasmée. Il découvre en Sam une princesse à secourir et se pense alors héros salvateur. Toutefois il ignore tout de cette jeune-femme désespérée avec qui il dialogue au travers d’une plateforme de jeu de rôle.

La mise en scène, aidée d’une méthodique photographie, est soignée. Si le travail graphique des séquences d’animation est habile, sa mise en place au sein même du récit devient vecteur de sens. En effet, en visualisant la construction graphique d’un alias virtuel par Gaspard le spectateur prend conscience des manipulations possibles – à la fois physiques et sonores. Une brillante mise en abîme qui ne fonctionne que grâce à la combinaison d’une riche écriture et d’une réelle qualité graphique, orchestrée par une adroite réalisation. L’acuité de l’atmosphère musicale est à souligner : non seulement les renforts musicaux créent une réelle ambiance mais au-delà de toute mise en condition ils se veulent également porteurs de sens. Ils sont les témoins de l’ancrage perditif. La musique sert aussi catalyseur au sein même du récit, lorsque Gaspar et Sam se parle pour le première fois.

Le réalisateur est également bon directeur d’acteur. La qualité d’interprétation rend crédible l’ensemble du développement. A l’instar de Grégoire Leprince-Ringuet, la qualité d’interprétation de l’ensemble du casting est troublante tant elle apparaît naturelle.

L’AUTRE MONDE
**
Réalisation : Yves MARCHAND
France / Belgique – 2009 – 100 min
Distribution : O’Brother
Comédie dramatique / Fantastique

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