Interview : Laurent Tirard

On 08/07/2014 by Nicolas Gilson

Scéariste et réalisateur, Laurent Tirard a enchainé avec LE PETIT NICOLAS (2009) et ASTERIX ET OBELIX AU SERVICE DE SA MAJESTE (2012) deux cartons tant auprès du public que de la presse. C’est fort de ces succès qu’il signe une seconde adaptation des aventures du célèbre personnage de Sempé et de Goscinny, LES VANCANCES DU PETIT NICOLAS. Rencontre.

Qu’est-ce qui a guidé ce nouvel opus du Petit Nicolas ? - J’ai envie de dire le succès du premier… même si, déjà lors de son adaptation, comme le Petit Nicolas est un personnage récurrent, on s’est dit qu’il y avait le potentiel pour en faire plusieurs. Mais on ne voulait pas faire une suite pour faire une suite : on voulait que ce soit différent. D’où l’idée des vacances et de changer totalement d’univers. On est parti vers quelque chose de plus coloré et de plus lumineux ; vers d’autres références cinématographiques – plus « Jacques Demy » notamment.

Vous vous distanciez très fortement de l’oeuvre originale au sein de laquelle les vacances à la mer ne représentent qu’une petite partie de l’ouvrage. - On a pris beaucoup de libertés ; on a été autorisés, aussi, à en prendre. Le livre en lui-même se passe beaucoup en colonie de vacances mais on avait plutôt envie des vacances familiales, en pension de famille comme dans LES VACANCES DE MONSIEUR HULOT. Du coup, on a beaucoup plus inventé. On a beaucoup puisé, mon co-scénariste et moi, dans nos souvenirs personnels et nos souvenirs de vacances. C’était plutôt agréable de pouvoir s’en émanciper. Après, on était conscients dès l’écriture qu’on s’adressait un peu plus aux adultes. Il y a toujours eu cette question d’équilibre entre la partie du film pour les enfants et celle pour les adultes qui n’était pas évidente à gérer. (…) les enfants il faut les distraire : plus c’est burlesque, plus c’est simple et efficace, et plus ils aiment.

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La référence à Jacques Tati est évidente. - Oui parce que dès qu’on pense à quoi vont ressembler les vacances du Petit Nicolas, la première référence qui vient à l’esprit, c’est LES VACANCES DE MONSIEUR HULOT. On l’a revu avant d’écrire le scénario. On avait envie de cet esprit ; de cette poésie et cette insouciance. Après il y a eu d’autres références comme Jacques Demy et LES DEMOISELLES DE ROCHEFORT ou L’HOTEL DE LA PLAGE de Michel Lang. De la même façon que LE PETIT NICOLAS était très inspiré de MON ONCLE de Tati, celui-ci est très inspiré des VANCANCES DE MONSIEUR HULOT.

Vous n’aviez pas peur d’aller vers plus d’artificialité. - C’est volontaire. Pour moi « Le Petit Nicolas », ça ne se passe pas dans la réalité. C’est un conte. Le livre présente un monde qui n’existe pas où il n’y a pas de violence et où tout est stable. C’est un monde tel que le voient les enfants. C’est important de créer un univers qui dit ouvertement qu’on n’est pas dans la réalité, qu’on est au cinéma dans un monde factice symbolique de l’insouciance de l’enfance. C’est presque comme une scène de théâtre. On avait envie de pousser ça encore plus loin que dans le premier.

Vous vous distanciez de l’unicité du regard de Nicolas. - On trouvait que les parents avaient été sous-employés dans le premier. Quand on l’a écrit, on ne savait pas que ça allait être Kad (Merad) et Valérie (Lemercier) qui allaient les jouer. On s’est dit qu’il y a là un potentiel énorme de comédie et on avait envie de leur donner plus d’importance. On a développer beaucoup plus « la partie parents » avec des moments où l’on change en effet de point de vue. C’était un peu le pari du film. J’espère que ça fonctionnera. C’était une envie que tout le monde puisse y trouver son compte : les parents et les enfants.

les vacances du petit nicolas - valerie lemercier - kad merad

Si le roman de Sempé et Goscinny, édité à la fin des années 1950, est hors du temps, vous avez porté le choix de l’adapter au sein d’une décennie que vous fantasmez. Pourquoi ? - Ce qui est frappant en lisant « Le Petit Nicolas », c’est qu’il n’y a pas de gros-mots et les gens ont un langage particulier. En situant le film dans les années 1960, ça passe comme une lettre à la poste. On a l’impression que c’était comme ça à l’époque alors que si l’on regarde par exemple les films des années 1960, comme LES 400 COUPS, ce n’est pas du tout comme ça : on voit bien que la réalité est tout autre. C’est comme si c’était un déguisement qui permettait de faire passer le truc. Gosciny disait lui-même, lorsque « Le Petit Nicolas » est sorti, que c’était déjà désuet, que ça ne correspondait pas à l’époque. Il s’agit d’un conte et, en le situant dans une autre époque,  le « il était une fois » passe.

Vous avez travaillé le scénario avec votre complice Grégoire Vigneron mais aussi avec Jaco Van Dormael. Comment est-il arrivé sur le projet ? - Quand on avait travaillé sur LE PETIT NICOLAS, c’était la première fois qu’on faisait vraiment une adaptation. Ça nous rassurait d’avoir l’aide et le parrainage d’Alain Chabat. On ne réunit pas assez souvent les talents et c’est dommage. Ici, ce qui s’est passé, c’est qu’à un moment j’ai envisagé de ne pas réaliser le film. Et je me suis demandé qui pourrait le faire. J’ai pensé à Jaco Van Dormael – que je ne connaissais pas – et je l’ai appelé. Je lui ai fait lire le scénario alors en chantier. Il était partant mais ça restait vraiment au conditionnel. Il a eu des tas d’idées que je trouvais super mais j’ai finalement décidé de quand même le réaliser. Il a tout de même accepté de faire des séances de travail avec nous. C’était joyeux, simple et facile. Il a apporté des idées avec son univers et sa poésie, et c’était super.

Avec les deux adaptations du Petit Nicolas et une d’Astérix, vous n’avez pas peur d’être enfermé dans un registre ? - Je ne me pose pas vraiment les questions comme ça. Les choses arrivent accidentellement. Je n’aurais jamais pensé faire LE PETIT NICOLAS et puis c’est arrivé et ça a débouché sur ASTERIX. Et puis LES VACANCES DU PETIT NICOLAS, j’avais envie – le premier était tellement super à tourner. En même temps, ça fait trois adaptations. Mais le prochain sera très très différent. Toutefois il n’y a pas de plan de carrière, les choses viennent comme ça, par accident. À la base, il y a l’envie. Et je me sens toujours libre de pouvoir continuer à faire ce que j’ai envie.

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Etait-ce ennuyeux de devoir changer de Nicolas ? - C’était le seul élément qui nous angoissait. On savait qu’il faudrait changer de Nicolas. La question était double : est-ce qu’on allait trouver un autre « Petit Nicolas » aussi bien et est-ce que le public allait l’accepter. J’ai l’impression que ça passe comme une lettre à la poste. Ce n’est pas le plus important. L’univers est le même. D’ailleurs on avait gardé le décor de la maison et nous retrouver dedans nous donnait l’impression d’être revenu 5 ans en arrière.

La musique est très présente. Comment avez-vous travaillé cela ? - J’avais une idée très précise de ce que je voulais : du Michel Legrand remis aux goûts du jour. Mais en même temps il ne fallait pas une copie. Il fallait une musique qui soit d’aujourd’hui et qui reprenne le parfum de cette musique-là.

Il y a aussi la reprise de « La Madrague ». - Ca c’est arrivé au montage. On avait mis la chanson de Brigitte Bardot. On trouvait que ça allait vraiment bien mais en même temps on ne pouvait pas utiliser celle de l’époque car ça nous ramenait à une réalité qui n’allait pas. On l’a fait réenregistrer par Camélia Jordana. Il y avait plusieurs chansons où je savais, au moment du tournage, que c’était ce parfum-là qu’il fallait pour la fin du film.

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Laurent Tirard sur le tournage du film

les vancances du petit nicolas

Les vacances du petit nicolas - nicolas et son papa

Les vancances du petit nicolas - bouli lanners

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