Laurence Anyways

On 10/07/2012 by Nicolas Gilson

LAURENCE ANYWAYS est un film baroque tout à la fois agaçant et magnifique qui, par le biais de l’évocation d’une tranche de vie et d’une histoire d’amour, met à mal les notions de normalités, clame le droit à la différence et chante la liberté. Laurence Alia (Melvil Poupaud) aime sa petite amie, Fred (Suzanne Clément), et par souci d’honnêteté il lui dit vouloir être une femme. Fred décide de l’accompagner dans sa transition…

« CELLE QUE JE SUIS NE POUR ETRE »

« Que voulez-vous Laurence Alia ? » Cette question ouvre le film et la réponse qui lui est donnée, condamnant l’arrogance et la condescendance de ceux qui se revendiquent normaux, condense la nécessité du cinéma de Xavier Dolan : secouer les codes et bouleverser les esprits. Le réalisateur québécois aborde à nouveau des thématiques queer et parvient, au-delà de la transidentité qui est ici centrale, à mettre en scène le caractère universel des sentiments amoureux – de la passion aux relations familiales.

Avec sensibilité et exubérance, Xavier Dolan met en scène une troublante aventure : celle d’une femme qui ose enfin être qui elle est ; celle aussi d’un couple qui s’en trouve bouleversé et celle, enfin, d’une autre femme qui, amoureuse, en ressort troublée.

Un dialogue en voix-over – une interview de Laurence – met en place d’entrée de jeu la logique de l’évocation. L’expressivité induite est riche et multiple, sincère ou tronquée, contenue ou complètement folle. LAURENCE ANYWAYS voyage entre le ressenti et le fantasme, de l’émotion à l’exagération des sentiments… Ne s’agit-il pas de la réappropriation de son histoire par le protagoniste ?

LAURENCE ANYWAYS est une fresque épique qui, sur une durée d’une dizaine d’années, questionne la différence et la quête de soi. En pointillés, le cinéaste envisage les relations familiales – avec une savoureuse Nathalie Baye dans le rôle de la mère de Laurence et une sarcastique Monia Chokri dans le rôle de la soeur de Fred – et le caractère normatif de notre société. Mais il peint aussi l’admirable portrait d’une femme, Fred, déchirée par l’amour qu’elle ressent et consumée par ses sentiments. Suzanne Clément est majestueuse : face à un Melvil Poupaud qui s’impose comme l’élément négatif du film – pour ne pas dire plombant – l’actrice québécoise est déchirante et transcende l’émotion.

Xavier Dolan construit un film hybride et délicat qui, à l’image de son principal protagoniste, est sans retenue, sensible et pluriel. En élaborant son récit de manière linéaire tout en explosant ponctuellement toute logique narrative, le réalisateur, qui multiplie les effets et se renouvelle sans cesse, tend à une surprenante cohérence esthétique où la musique revêt une importance capitale. Il signe un film singulier, étonnant et détonnant, sans doute excentrique, où l’émotion est centrale sans être gratuite. Dolan est un fin artificier : LAURENCE ANYWAYS est admirable.

LAURENCE ANYWAYS
♥♥♥(♥)
Réalisation : Xavier DOLAN
Canada / France – 2012 – 159 min
Distribution : ABC-Distribution
Comédie dramatique

Cannes 2012 – Un Certain Regard

Mise en ligne initiale le 18/05/2012

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