Critique : L’Attesa

On 05/09/2015 by Nicolas Gilson

Succession de séquences plus esthétisantes les unes que les autres, L’ATTESA est ce qu’il convient d’appeler de l’onamisme cinématographique. En signant l’adaptation de la pièce de Luigi Pirandello, Piero Messina propose un film affecté et rempli d’illogismes dont la suffisance est un virulent allergène. Autant dire que l’attente est rude lorsqu’elle ne conduit à rien ! Ayez pitié de nous !

« Je veux dormir d’un sommeil limpide sans rêver. »

En deuil, Anna (Juliette Binoche) semble interdite par un coup de fil. Apprenant par son interlocutrice que celle-ci a été conviée par son fils Giuseppe, elle lui dit de venir. Lorsque Jeanne (Lou de Laâge)arrive, elle ne la rencontre pas : « elle ne se sent pas bien », lui dira Pietro (Giorgio Colangeli), l’homme de maison. Le lendemain, au réveil, Jeanne se rend compte du deuil que porte la famille. Lorsqu’Anna se présente à elle, elle lui laisse entendre le retour prochain de Giuseppe.

"L'Attesa" di Piero MessinaPartant de son visage jusqu’à ses pieds, la caméra virevolte autour d’un Christ pétrifié. Un vielle dame leur fait face et les baise bientôt. D’autres visages se dressent face à nous, se succèdent, avec une expression de pétrification. La procession prend sens lorsqu’apparaît le visage d’Anna, les joues creusées par les larmes… Puisse-t-il paraître vide qu’un cercueil assoit l’impression première. Stoïque face à l’assemblée, malgré le vertige des résonances sonores, la femme ne peut contenir pleinement ses angoisses : un filet d’urine coule le long de ses jambe et se déverse sous ses pieds. Fondu au noir. Alanguie dans une propriété qui se drape de noir, la femme répond au téléphone et convie son interlocutrice à venir. Fondu au blanc.

A une introduction a priori sensible, malgré son caractère démonstratif et l’artificialité évidente de l’approche esthétique, répond un générique horripilant qui devient le gage de la suffisance du réalisateur, décidé à montrer son aptitude à composer des images « sensationnelles ». Le blanc devient le tapis où défilent le scanner de différents bagages, esquissant le parcours de Jeanne qui prend l’avion pour se rendre en Sicile. Tandis que la musique continue son pétardement, défilent en ombre chinoise quelques silhouettes avant que le visage de Jeanne ne se dévoile enfin.L’ATTESA, Piero Messina

Dans la vaste demeure, Jeanne devient l’objet du regard d’Anna qui l’observe par l’entrebâillement de la porte de sa chambre tandis qu’elle éponge son corps au sortir d’une douche. Anna se recueillera ensuite dans la chambre de son fils dont elle repartira avec son téléphone sur lequel Jeanne ne cesse de laisser des messages… Retardée, la rencontre entre les deux femmes a de quoi faire sourire. Toutes deux françaises, elles s’adressent dans un premier temps la parole en italien. Malgré les regards aussi jugeant qu’appuyés de sa belle-soeur et de Pietro, la mère de Giuseppe n’explique pas la situation à la Jeanne. Est-elle limpide que la situation ne fait pas sens dans l’esprit de Jeanne tandis que le réalisateur semble être capable de semer chez nous un doute qui nous laisse interdit tant il nous a donné, sans la moindre finesse, tous les éléments pour asseoir nos certitudes.

La recherche de la belle image qui semble alors guider l’approche n’a pour conséquence que notre agacement qui est à son paroxysme lorsque Pietro Messina tente d’ouvrir au fantastique un récit cousu de fil blanc et ponctué d’illogismes qui font de ses protagonistes d’aveugles sottes… Sans doute devrions-nous y voir des ellipses mais l’ensemble est tellement vaporeux tout en étant évident et pathétique que nous croyons rêver lorsqu’au générique figurent les noms de quatre scénaristes.

Plus encore au coeur de sa démonstration esthétique, Piero Messina semble ne pas se rendre compte à quel point il ruine son propre travail à focaliser notre attention sur des éléments qui assoient ensuite son inaptitude à tendre à la moindre justesse – songeons à ce jaune d’oeuf brisé qui, par magie, retrouve sa rondeur – ou à la moindre signifiance. Un constat d’autant plus désolant que la photographie du film est superbe. Pietro Messina est-il ambitieux dans la réalisation de son premier long-métrage qu’il ne l’est que trop. Mise en lumière jusqu’à en être sublimée, ses actrices se donnent-elles pleinement à lui qu’elles n’apparaissent être que de vulgaires marionettes avec pour conséquence non notre émoi mais notre agacement.

L’ATTESA

Réalisation : Piero Messina
Italie / France – 2015 – 100 min
Distribution : /
Drame

Venise 2015 – Sélection Officielle – Compétition

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