L’Armée du Crime

On 22/09/2009 by Nicolas Gilson

Il est des films indéniablement nécessaire, sorte de gifle enclenchant une réflexion sur la société qui nous entoure et notre place au sein de celle-ci. Robert Guéguidian ne signe certes pas avec L’ARMEE DU CRIME son film le plus intense mais il contraint le spectateur à se remettre en cause. Il met en scène un drame historique au sein duquel l’autre, l’étranger, l’immigré, endosse le costume du héros anonyme. Il s’intéresse à la participation active à la résistance française de ces non-français d’alors, morts pour la patrie.

L’introduction du film, nous plongeant dans une reconstruction historique, est empreinte de sarcasme. Des visages alors sans nom sont conduit à la mort. Celle-ci est contenue dans une énumération continue de noms et prénoms à consonance étrangère suivie de quatre mots radicaux : «mort pour la patrie». Une réplique prend forme et domine le récit qui va pouvoir prendre place : «On est en France, pays des droits de l’homme». Un pays alors occupé, un pays qui a alors oublié son histoire.

Guéguidian n’en fait pas le procès. Il met en scène l’humanité d’un groupe de résistants. C’est cela qui prime et qui lui importe. L’humain au sein des situations. Celui-ci a plusieurs visage mais un dessein commun, celui de la liberté. Il esquisse un film pour la vie, contre la mort. Ses personnages se battent pour exister, pour avoir le droit de penser. Ils s’organisent comme ils peuvent pour garder l’espoir de vivre, simplement.

La réalisateur met en scène des Arméniens. Un parallélisme amer avec la déportation juive qui prend place s’impose tandis que le réalisateur l’ancre avec virulence en faisant dire à l’un des protagonistes les mots prononcés par Hitler lors d’un discours de 1936 : «Qui se souvient aujourd’hui des Arméniens ?» Une question ouverte, adressée au spectateur.

Guéguidian propose un galerie de portraits permettant d’appréhender le racisme profond gangrenant la France d’alors. Un racisme s’appuyant sur l’ignorance de la culture de l’autre. Cet autre considéré comme tel. Et n’est-ce sans doute pas pour rien qu’il recourt à un intertitre final présentant une inscription personnelle disant que l’histoire mise en scène est devenue «une légende ayant un sens ici et maintenant».

Il parvient à mettre en scène la force et la radicalité de la propagande ayant court sous le régime de Vichy : les appels à la haine raciale du discours radiophonique en étant l’élément essentiel. Il réussit au travers de la scénarisation d’un événement historique à mettre en scène une rencontre riche avec une pleine société gangrenée. Admirable directeur d’acteur, Guéguidian signe une réalisation soignée et poignante. Il joue des attentes spectatoriales sans jamais nous flouer. Certains trouveront cela poussiéreux, presque scolaire, tant l’écriture peut apparaître présente … mais la justesse du propos est telle qu’elle en devient déchirante.

La réalisateur lie enfin fiction et réalité ; en rendant aux différents protagonistes leurs traits personnels : une inscription photographique dont l’écho va au-delà de l’ancrage réaliste. Car derrière cette photographie se cache l’animalité humaine contre laquelle Guéguidian se bat de film en film.

L’ARMEE DU CRIME
**
Réalisation : Robert Guédiguian
France
Distribution : Cinéart
Drame historique
Enfants admis

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