Critique : L’Apollonide – Souvenirs de la Maison Close

On 17/05/2011 by Nicolas Gilson

Bertrand Bonello compose un tableau sensible. Il dépeint le microcosme d’une maison close à la veille de la fermeture de ce type d’établissement. L’APOLLONIDE est, en un sens, le riche portrait de la prostitution à l’aube du 20 ème siècle. Le réalisateur met en scène un climat sensible qui repose sur les impressions : une logique d’évocation ou de projection qui exprime les SOUVERNIRS DE LA MAISON CLOSE. Il crée une atmosphère singulière et invite le spectateur à la fantasmagorie. Un bijou délicat qui transcende les époques.

« TU TE SOUVIENS SOUVENT DE TES REVES ? »

D’emblée Bonello entremêle les notions de réalité relative et d’onirisme. Le spectateur est immergé dans la ritualité d’une maison close. Une ritualité qui est exacerbée tant par la mise en place des gestes quotidiens, qui participent à l’identité du lieu, que par une plurielle hypothèse de répétition. Le réalisateur se fait complice du lieu et des jeunes femmes qui font corps avec lui. Les visages des actrices et des acteurs de cet environnement singulier s’esquissent peu à peu avec respect et humanité. Ils composent alors la photographie d’une certaine société, de ses mœurs, et dressent les enjeux de la prostitution et au-delà de la condition féminine.

L'Apollonide - Souvenirs de la Maison Close

Le caractère social de l’établissement est évident. Bien que Bonello opte pour un point de vue centré sur les femmes, les hommes n’en sont pas moins présents. Ils sont les clients indispensables à la « survie » des jeunes filles, ils sont autant de révélateurs des enjeux de la prostitution et des normes sociétales. Le réalisateur ne portent aucun jugement. Il établit les règles et les gestes qui définissent une pluralité de relations et d’attentes. Le point de vue adopté participe au rendu d’une atmosphère.

L’approche est sensible. Bonello caractérise un milieu auquel il donne un visage humain. Il parvient à mettre en scène la complicité qui unit, réunit les prostituées. Il les émancipe de toute objectualisation en-dehors de celle voulue par certains clients. Une objectualisation parfois exacerbée à l’instar du jeu de la poupée ou de « la femme qui rit» – qui hante le film de part en part. Toutefois cette exacerbation permet de mettre à mal l’hypothèse même de réification. Les filles, toujours, demeurent des individus pensant et émotifs.

L'Apollonide (Carole Bethuel)

Le scénario est brillant. Bonello pose un décor, un nœud temporel et une série d’enjeux à la fois discrets et primordiaux. Il appréhende de manière fine et délicate l’hypothèse de la prostitution, il questionne les normes et les genres. Bien que situé temporellement à une époque charnière, L’APOLLONIDE s’émancipe de toute temporalité. Le réalisateur éclate toute logique temporelle. Il lie la réalité du crépuscule du 19ème siècle à la nôtre.

L’universalité engendrée est renforcée par une série de choix esthétiques tels les dynamiques de cadrage et de montage ainsi que l’emploi de la musique. Le contraste devient vecteur de sens.

Au-delà des imageries, du fantasme et du trouble temporel, les impressions proviennent du décor et des matières : la photographie est sublimement expressive, elle crée l’étrange émotion de percevoir tantôt le poids ou la légèreté des tissus, la chaleur d’un environnement, celle du soleil lorsque les jeunes filles quittent la maison le temps d’une parenthèse champêtre. Expressionnisme et impressionnisme s’épousent.

L'Apollonide - Souvenirs de la Maison Close (Carole Bethuel)

L’APOLLONIDE – SOUVENIRS DE LA MAISON CLOSE
♥♥♥(♥)
Réalisation : Bertrand BONELLO
France – 2011 – 127 min
Distribution : O’Brothers
Drame
Cannes 2011 – Sélection Officielle en Compétition

Trackbacks & Pings

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>