Landes

On 20/08/2013 by Nicolas Gilson

Au décès de son mari, Liéna (Marie Gillain) qui hérite de ses propriétés décide d’en prendre en main la gestion et de mener à bien son rêve : électrifier l’ensemble de ses terres. Alors qu’en 1920 une crise sociale attisée par la venue de nouveaux syndicalistes couve, Liéna, qui déjà affronte ses pairs, est confrontée à une réalité méconnue jusqu’alors.

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« - Je veux faire honneur à la mémoire de mon mari »

Relevant le délicat défi de réaliser une fiction prenant place au début des années 1900, François-Xavier Vives livre un premier film inégal. Tantôt sensible, tantôt artificiel, LANDES s’ouvre sur la rencontre avec Liéna au moment où elle est contrainte de porter le deuil. D’emblée nous sommes au plus proche de la protagoniste dont l’entourage tente de guider la conduite. Le code ne demande-t-il pas qu’elle relègue les couleurs au grenier afin d’afficher sa peine. Toutefois la jeune veuve ourdit l’improbable en demandant à s’occuper des affaires qui sont maintenant siennes. Une gageure telle qu’elle se met sa belle-famille à dos (l’austère Madame Hector) et provoque l’inquiétude de son milieu.

A travers le portrait d’une femme singulière, François-Xavier Vives envisage la complexité des rapports sociaux au début des années 1920. Liéna fait partie du milieu prospère des propriétaires terriens qui exploitent depuis plusieurs générations les Landes et leurs habitants. Guidée par les idéaux de son mari et par la naïveté d’un idéal, elle se marginalise à mesure qu’elle cherche à faire aboutir son projet d’électrification. Maîtresse de sa propre émancipation, Liéna rêve bientôt de filiation et de transmission. Toutefois malgré la justesse des intentions le portrait esquissé manque de radicalité. Outre un problème majeur de point de vue, le scénario co-signé par François-Xavier Vives, Emmanuel Roy et Camille Fontaine témoigne d’une massacrante artificilaité et d’un désolant classicisme qui se retrouve fatalement dans la mise en scène.

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La construction même du scénario pose question. En effet si nous sommes d’entrée de jeu à la fois confrontés au ressenti de Liéna et fondus à celui-ci, nous découvrons rapidement nombres d’enjeux sous le regard de protagonistes secondaires. Ainsi la dynamique du portrait s’effrite inexorablement à mesure que nous sommes gavés d’informations dialogiques et démonstratives. Le film semble dès lors construit comme une succession de tableaux dont certains apparaissent éculés voire caricaturaux ou dont l’écriture se ressent impitoyablement. Ainsi le désir d’enfantement de Liéna est d’une lourdeur sans nom tout comme la « révélation » de ses élans amoureux ou de séquences oniriques (?) magnifiant son émoi. Divisé entre un classicisme assassin et une singularité non aboutie, le scénario s’épuise et déçoit malgré la qualité des questions envisagées.

Un contraste qui se retrouve et se ressent dans les choix esthétiques tant de mise en scène que de montage oscillant entre une dévastatrice artificialité et une grande sensibilité. Admirablement mis en lumière, le film présente une dynamique de cadrage proprement absconse. En effet, s’il pose le choix de s’attarder sur les gestes et de nombreux détails, à travers une dynamique de plans (très) serrés, François-Xavier Vives n’exploite jamais cela plus avant. Il instaure et met à nu une vivifiante ritualité, gage de réalisme, qu’il ne développe que trop peu dans le scénario et à laquelle il ne parvient pas in fine à donner vie – ni sens. Parallèlement il fait preuve dans certaines séquences d’un excès de classicisme au point qu’elles deviennent artificielles voire balourdes et conduisent à une complète distanciation – lorsqu’elles ne donnent pas l’impression d’être confrontés à un docu-fiction de piètre qualité (notamment avec les scènes en fondus enchaînés présentant les travaux d’électrification ou la rencontre entre Iban et la tante de Liéna, Madame Hector).

Alors que le réalisateur parvient à donner une couleur au film et à en rendre les contours réalistes, l’artificialité assassines de certaines séquences se retrouve, au-delà de la mise en scène, jusque dans les décors (à l’instar de celui de la source) – ce qui est d’autant plus déplorable que le soin accordé à ceux-ci est par ailleurs évident. Et si mieux vaut ne pas laisser trainer son oeil sur quelques détails matériels – mais sans doute est-ce voulu – il est également préférable de ne pas trop tendre l’oreille car si le travail du son permet de transcender l’hypothèse même de l’électricité, il manque cruellement de justesse.

Alors que François-Xavier Vives tente de dépoussiérer le film d’époque, il n’y parvient que partiellement. Et bien qu’il ne réussisse pas à donner à sa protagoniste l’éclairage adéquat, la gageure est plus que louable.

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LANDES

Réalisation : François-Xavier Vives
Belgique / France – 2013 – 100 min
Distribution : O’Brother Distribution
Drame

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