L’âge de raison

On 02/08/2010 by Nicolas Gilson

La joyeuse ouverture de L’AGE DE RAISON est à la fois enivrante et effrayante : elle met en place une dynamique contrastée où se rencontrent un imaginaire bricolé, une dimension musicale atmosphérique et une ritualisation efficace. Du générique à la séquence d’ouverture le spectateur voyage de l’enfance à l’âge adulte, de la féérie au monde caricaturé de l’entreprise, tandis que la continuité musicale lie magiquement les deux. Rien n’est intelligible, il s’agit de mettre le spectateur en condition, de le placer dans une position passive. La démonstration peut alors commencer. Rapidement néanmoins le film sobre vers un artificiel creux et éreintant qui se veut discursif. Sous-Jaco Van Dormael, sous-Jean-Pierre Jeunet, Yann Samuell tente à nouveau un bricolage fadasse et moralisateur, pseudo-psychologisant, franchement culcul … La séduction première part rapidement en sucette, le réalisateur ne se contentant pas de travailler la forme, et se révélant incapable développer une riche hypothèse de sens.

Le point de départ du scénario est pourtant amusant et intrigant : alors que Margaret fête ses quarante ans, elle reçoit des mains d’un vieil homme une lettre écrite trente-trois ans auparavant par Marguerite, une enfant de sept ans. Marguerite et Margaret ne sont en fait, et sans surprise, qu’une seule et même personne. L’adulte carriériste est alors perturbée par le passé qui ressurgit, les lettres ne cessant de se succéder. La magie et la naïveté premières s’épuisent rapidement à mesure que Samuell assomme le spectateur à coup de vérités branlantes dont le paradigme est « Deviens qui tu es ». L’ensemble ne cesse de s’essouffler, de s’embourber … bref de fatiguer. Et à mesure que le développement scénaristique s’égare, le spectateur souffre.

La construction répond à la logique scénaristique : le présent relatif ne cesse d’être perturbé par la visualisation tant de l’imaginaire de la protagoniste que de flash-back. De parenthèses illustratrices en évocation le spectateur voyage au cœur d’un artifice à la fois symptomatique et systématique. Mais la joyeuse naïveté ne séduit guère à mesure que la trame scénaristique évolue. La démonstration visuelle – ah cette démultiplication d’effets, des travelings au contraste photographique, sans réel sens, dont le but est de concurrencer les feux d’artifice – n’enchante pas lorsque le réalisateur enfonce à coup de massue un clou loin d’être épais dans une cloison bien trop fine. Et si les renforts musicaux, proprement dictatoriaux, épuisent, la pauvreté d’interprétation de Sophie Marceau se veut dévastatrice. Un contraste saisissant entre la qualité de jeu de certains seconds rôles (Jonathan Zaccaï en tête) et les têtes d’affiche se fait cruellement ressentir. L’actrice au rôle central tend à la caricature d’elle-même et ne semble crédible que lorsqu’elle ne parle pas – son statut d’icône trouvant alors sa place. Mais l’élocution récitatives de certains et les mouvements chorégraphiés d’autres sont ravageur. – En même temps ils servent une psychologie de comptoir plus que balourde …

L’AGE DE RAISON

Réalisation : Yann SAMUELL
France / Belgique – 2009 – 97 min
Distribution : Cinéart
Comédie dramatique

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    [...] et l’enfant sont la même personne… Retrouvez la critique du film par Nicolas Gilson en cliquant ICI. Nous vous proposons de voir la bande annonce du film [...]

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