Critique : La Zona

On 07/08/2008 by Nicolas Gilson

Mexico : derrière un haut mur surplombé de fils barbelés se trouve une zone résidentielle privée. Une nuit de grand vent, alors que des adolescents errent à proximité du mur, un panneau publicitaire s’abat sur celui-ci. Une brèche est ouverte et les adolescents s’y engouffrent. Ils cherchent à piller une maison, mais très vite cela tourne mal. L’un d’entre eux est en fuite intra muros – les autres ont été abattus. Et la milice de surveillance interne compte le traquer sans chercher à faire intervenir la police…

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TÉMOIGNAGE D’UNE SOCIÉTÉ MALADE

Premier long métrage de Rodrigo Pla, LA ZAONA est un film intense et plural qui se présente comme un thriller mais qui nous emporte au coeur d’une réalité sociale impressionnante tant elle est effrayante.

Le film s’ouvre de manière quasi aérienne sur un long traveling présentant “la zone“, monde formaté où tout semble paisible, et l’opposant à la ville située au-delà d’un haut mur surplombé de fils barbelés et parsemé de caméras de surveillance – frontière évidente. En une séquence, en faisant confiance au poids des images, le réalisateur pose de manière expressive l’arrière fond narratif qui s’inscrira de manière indélébile dans l’esprit du spectateur.

Une empreinte réaliste au travers de l’utilisation d’images vidéo, qu’il s’agisse des caméras de surveillance ou encore de l’emploi d’une caméra DV, pousse le spectateur à donner au film une dimension à la fois macrocosmique et réaliste. Le recours à des images “caméra à l’épaule“, le confrontant ponctuellement à une promiscuité presque sensitive, ne peut que renforcer l’im

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pression de positionnement en témoin impuissant. Comme si la bêtise humaine mise en avant se devait de le heurter.

Car si le scénario semble de prime abord fort simple en nous confrontant à une hypothèse de film à suspens où une chasse à l’homme tient lieu de trame narrative, il se complexifie rapidement en nous confrontant à un clash social intense qui engendre des comportements malades au sein d’un univers qui l’est tout autant.nEn s’appuyant sur une réalisation où s’entremellent différentes formes de captations filmiques le réalisateur esquisse une chasse à l’homme où l’opposition regardant/regardé prend un sens particulier.

Le sujet réel du film se dévoile rapidement avec une force virulente : il s’agit de la mise en scène d’un univers déséquilibré. Au sein de celui-ci tout semble perdre sa valeur face à un sentiment d’insécurité exacerbé. Caractère paradoxal de cette “propriété privée“ censée justement conforter ses habitants dans un climat serein presque paradisiaque.

La justesse du jeu des différents comédiens est à souligner. Tous sont impressionnants et étonnement pluriels. Ils semblent nerveux, perturbés, tiraillés insufflant à leur personnage respectif un degré de réalisme surprenant. Leur respiration prend une importance capitale, donnant au spectateur l’illusion d’être au plus prêt d’eux.

Lion du futur (meilleur première oeuvre) au 64ème Festival de Venise, LA ZONA est un film effrayant qui glace le sang de manière intense car l’horreur qui y est dévoilée est empreinte d’un réalisme écœurant.

LA ZONA
Propriété Privée
***
Réalisation : Rodrigo PLA
Mexique – 2007 – 98 min
Distribution : Paradiso
Drame

affiche LA ZONA

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