La tendresse

On 11/10/2013 by Nicolas Gilson

Marion Hänsel signe avec LA TENDRESSE un éblouissant portrait impressionniste : celui d’un couple qui au bout de 15 ans de séparation se retrouve le temps d’un bref voyage. L’intimité due à cette promiscuité semble-t-elle anodine que la réalisatrice livre un film d’une rare douceur et d’une émouvante justesse.

Jack (Adrien Jolivet) se casse la jambe lors d’une descente de piste dans les Alpes françaises. Prévenue, sa mère, Lisa (Marilyne Canto) contacte les assurances afin d’organiser son rapatriement. Comme celui-ci se révèle ne pas être pris en charge, elle prend la route avec Frans (Olivier Gourmet), le père de Jack, afin d’aller le chercher. 15 ans de séparation jettent les bases d’un road-movie singulier.

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La ligne narrative paraît d’une simplicité extraordinaire. Une brève introduction esquisse l’accident et permet ensuite de saisir dans leur quotidien Frans et Lisa qui tente en vain de résoudre à distance le rapatriement de leur fils. Leurs espaces de vie et quelques bribes de dialogues dessinent leurs réalités et transcendent déjà leurs caractères. Bientôt ils font route vers leur enfant et, séquence après séquence, les situations et les échanges se veulent autant de révélateurs. Les obstacles rencontrés sont-ils tous surmontables qu’ils participent à la sublimation d’un situation réaliste où une femme se (re)trouve elle-même.

Plus encore, Marion Hänsel livre un réel portrait de société. LA TENDRESSE s’inscrit dans une réalité commune que la réalisatrice esquisse par petites touches. Elle met en scène une émouvante famille « contemporaine » où le divorce est peut-être la meilleure manière de continuer à s’aimer en dessinant le caractère exceptionnel des liens qui perdurent entre Lisa et Frans. Réunis autour de leur fils, plus complice avec sa mère qu’avec son père comme le souligne dans l’incompréhension le second, les parents représentent une génération pivot dans l’évolution du paradigme familial. Ce couple, statudié dans l’amour commun du fruit de leur union passée, parait-il « exceptionnel » à certains qu’il permet d’asseoir la chance qu’a Jack d’avoir des parents présents et attentionnés – qui malgré le caractère quelque peu étouffant de la mère lui laissent la liberté d’être qui il veut loin du cocon familial.

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Ce faisant, Marion Hänsel s’intéresse notamment au compagnon de chambre de Jack qui est seul à l’hôpital et que la famille ne peut visiter. L’évolution de la société « impressionnée » par la réalisatrice est plurielle : outre le portrait d’une femme indépendante, Marion Hansël se sert du microcosme qu’est la station de ski pour marquer l’utopie de certains idéalismes sociétaux (cet espace tout de béton construit) ou encore la contagion à laquelle conduit l’immigration à l’instar du restaurant qui ne correspond plus aux clichés d’antan. Des clichés qui perdurent dans l’esprit de Frans qui témoigne alors d’un « racisme social » qui embarrasse le fils mais dont le père est incapable de se rendre compte. Avec une incroyable légèreté Marion Hänsel livre une photographie nette et incisive. Une acuité dont elle témoigne tout au long du film.

Faisant preuve d’une parfaite maîtrise technique, la réalisatrice opte pour une lumière et un cadrage qui rendent palpables tant les émotions des protagonistes que ses intentions. Dès l’ouverture du film, elle parvient à nous emporter au coeur d’un mouvement pour le moins aérien dominé par la nature – elle nous fond alors, merveilleusement, en un paysage enneigé. Par la suite, elle recourt ponctuellement à des effets de travelling ou de panneau d’une rare fluidité qui, dans la continuité ou l’introduction d’une séquence, offrent à découvrir des menus détails qui font sens. Subjuguant.

La tendresse - Affiche

LA TENDRESSE
♥♥♥
Réalisation : Marion Hänsel
Belgique – 2012 – 78 min
Distribution : Cinéart
Comédie dramatique

FIFF 2013 – Compétition Officielle

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