La Solitudine Dei Numeri Primi

On 08/02/2011 by Nicolas Gilson

Il est des films qui nous emportent dans une autre dimension, à la fois lyrique et sensitive, tragique et banale. Des films qui mettent en émotions, qui témoignent d’une rare sensibilité au point de nous mettre en alerte. En signant l’adaptation cinématographique de LA SOLITUDINE DEI NUMERI PRIMI, Saverio Costanzo agite nos sens, éveille notre regard et marque notre conscience.

Dès son ouverture le film s’impose comme captivant. Au sens propre. Intrigant aussi. Les images – ce qu’il nous est donné de percevoir visuellement – sont alors troubles. Seule la musique est d’une netteté absorbante et stimulante. Cette mise en condition certaine, digne des films de genres, rend inquiétants les gestes et les visages ensuite découverts. Il s’agit pourtant d’enfants en représentation. Mais le temps de que nous nous en rendions compte, la peur s’impose à nous. Un sentiment terrible qui se lie avec celui de honte et de fatalité. Les enjeux déjà sont énormes. La mise en condition qui est la nôtre se veut être le reflet d’un cruel fardeau dont nous n’avons pas encore conscience.

Mais l’horreur s’inscrit déjà dans ce qu’elle peut avoir de plus atroce et de plus insidieux : la fatalité de l’ordinaire.

Nous découvrons les chemins croisés de deux principaux protagonistes : de l’enfance à l’âge adulte, de l’âge adulte à l’enfance, Mattia et Alice ne vont cesser de se rencontrer, de se fuir, de se découvrir, de s’aimer et de se craindre. Il porte en eux une indicible douleur, vécue comme une cruelle différence qui les rend malgré eux bien communs car simplement humains. Mais ils semblent irrémédiablement attachés à leur passé. Un passé qui les hantent et les conditionnent. Sommes-nous dans leur esprit ? Vivons-nous leur histoire ? La pénétrons-nous ou nous retrouvons-nous pénétré par elle ? Leur trouble nous envahit ou plutôt leurs troublent nous envahissent. Les barrières temporelles explosent. Nous voyageons des années quatre-vingt à l’époque contemporaine en percevant l’essence et la dynamique de chacune de ces périodes. Et en explosant la temporalité, Saverio Costanzo en crée une nouvelle, singulière et déroutante.

La qualité du casting est impressionnante. Alba Rochwacher et Luca Marinelli sont proprement époustouflants – tout comme les comédiens donnant vie à leur personnage durant l’enfance ou l’adolescence – les seconds rôles sont d’une justesse rare. Isabella Rossellini est à nouveau incroyable. Toutefois, à la qualité d’interprétation répondent des qualités d’écriture et de mise en scène incontestables.

Si la dynamique de genre ne cesse d’être induite par les renforts musicaux. Le réalisateur joue habilement avec nos attentes, au-delà de l’hypothèse du genre au point d’exciter notre émoi. Rarement les effets de (de)zoom ou de traveling, les modulations de changement de cadre ou d’approche stylistique ont été aussi judicieusement employés. Notre attention ne cesse d’être attisée. Notre jugement est continuellement en alerte.

L’approche esthétique, dans son ensemble, est brillante. Tous les éléments se complètent avec force. De l’écriture à la mise en scène, des choix de photographie au montage, des costumes à l’habillage sonore ou musical… C’est au final une impressionnante harmonie qui s’impose. Un ensemble qui compose un film pertinent, à la fois obscur et limpide qui traite admirablement d’un récit singulier qui renvoit avec intensité à nos démons communs.

LA SOLITUDINE DEI NUMERI PRIMI
LA SOLITUDE DES NOMBRES PREMIERS
♥♥♥♥
Réalisation : Saverio COSTANZO
Italie – 2010 – 118 min
Distribution : ABC Distribution
Drame
EA

Trackbacks & Pings

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>