Sur le tournage de… La Pivoine

On 26/07/2016 by Nicolas Gilson

LA PIVOINE

Un poème surréaliste de Joaquin Breton

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Salomon, un Homme parcourant le monde, revient dans son village natal, dévasté par un nouveau projet d’urbanisme.

Depuis le bar de Jean, son vieil ami, il se souvient de son compagnon de voyage, Dimitri, mort dans une étrange fusillade.

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Né en Argentine, Joaquin Breton étudie les Beaux-Arts à Bruxelles avant d’expérimenter la matière filmique. Il passera de l’animation à la vidéo expérimentale avant de travailler singulièrement la fiction, en s’intéressant moins à la narration qu’à la poésie qui en émane.

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Rencontre avec le réalisateur

Quelle a été la genèse de LA PIVOINE ? - Il y a 6 ans, je suis parti en Argentine et j’ai découvert un dramaturge surréaliste du nom de Aldo Pellegrini. Je suis tombé sur « Le chasseur de licornes », une histoire autour de trois personnages qui se détestent. J’ai eu envie de faire un film sur ce chasseur qui pouvait voir tout le monde depuis ses toilettes. Mais ce n’est pas tout à fait ça ; ça a vraiment changé.

Qu’est-ce qui vous intéressait dans cette histoire ? - Ce sont des personnages à chaque fois symboliques : chacun à leur tour et à leur manière, ils viennent comme des allégories ; ils condensent en eux beaucoup de choses. Le surintendant, le garde et le chasseur demeurent les personnages principaux. Ce sont trois contraires. La question est de savoir comment va se finir cette histoire qui met en scène trois personnages qui se haïssent ou qui s’admirent. J’utilise l’idée de l’intrigue pour la faire éclater, pour donner quelque chose de poétique. Dans ce que je fais, je cherche plus la poésie. On va s’intéresser aux relations, comment elles évoluent, en privilégiant le moment présent. C’est comme si je cherchais à m’échapper de l’histoire qui est écrite.

D’où vient le titre « La Pivoine » ? - Dans SANJURO de Kurosawa, Toshiro Mifune, l’acteur fétiche du réalisateur, joue un samouraï errant. À un moment donné, un signal d’attaque doit être donné et il s’opère à travers une pivoine qui flotte dans une rivière. Je trouvais le plan sur la pivoine qui est dans l’eau, qui déambule avant de la traverser, vraiment très beau. Je me suis dit qu’une pivoine représentait bien l’histoire : une quantité de couches impressionnantes d’histoires, de choses qui se disent sur l’histoire, de fins différentes…

Y a-t-il, à un moment donné, une pivoine dans le film ? - Oui. Il y a une pivoine dans une petite rivière qui, d’ailleurs, divise la France et la Belgique. C’est quelque chose qui revient dans les dialogues – plutôt la France et la Flandre.

A l’instar de la notion d’urbanisme dans vos films, les décors du film semblent prépondérants. - Nos comportements sont complètement influencés par les lieux où l’on se trouve. Lorsqu’on visite une église, on fait le silence. On est tout le temps influencés par ce qui est autour de nous. J’y accorde beaucoup d’importance. Dans ROYAUME DU O, par exemple, les personnages sont tout petits et entourés par la vie, les lieux où ils se trouvent et une histoire ; ils sont comme englobés. L’urbanisme m’intéresse et je l’introduis dans mes films. Dans LA PIVOINE, en tournant dans une abbaye et dans des intérieurs assez épurés, les lieux sont très particuliers. Il y a toujours des éléments identifiables.

On a également tourné à La Cité Modèle et à Roubaix, dans le bar « Chez Sala ». Il est isolé dans le quartier de l’Union qui a été totalement rasé au cours des 25 dernières années. C’est un élément très significatif par rapport à l’urbanisme. Tout à coup, le caractère documentaire du lieu nourrissait la fiction. Le discours de Salah est aussi très intéressant. « Moi, on ne me vire pas, on n’a pas le droit de me virer ». Alors que tout le quartier a disparu, c’est très étonnant.

Un bar qui, au milieu du vide, engendre un décor surréaliste. - Exactement. Mais ce qui est triste, c’est que ce n’est pas un décor. C’est très réel. J’aime bien ce genre de lieux : on ne sait pas trop où on est. (…) Salah est aussi un personnage dans le film. C’est le barman. Après, le tournage a été assez ardu avec lui. Il n’est pas acteur, mais il a fait ses répliques. J’aime bien qu’il fasse partie du film de cette manière. Ça va lui donner du relief.

Comment se sont passés les repérages des décors, notamment l’Abbaye d’Aulne ? - Au départ je les fais seul, et je me renseigne auprès des gens que je connais. On était initialement partis sur l’Abbaye de Clairmarais, dans le Nord-Pas-de-Calais. J’aimais bien ce que ça donnait de loin. Comme on n’a pas eu d’argent de la part du Nord-Pas-de-Calais, je me suis demandé si on ne trouverait pas quelque chose de similaire en Belgique. Et, pas du tout. (…) Je suis tombé sur l’Abbaye d’Aulne. Quand je l’ai vue avec le chef opérateur, je suis tombé amoureux de cet endroit. C’est un lieu incroyable.

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Comment ont été élaborés les décors intérieurs ? - Je suis moi-même étonné du résultat. Il y avait des choses qui étaient très signifiantes dans mon imaginaire – comme certains tableaux qui racontaient des choses – mais on a décoré les appartements au cadre. On avait un tas d’objets qu’on a mis au fur et à mesure qu’on tournait. On n’a pas décoré un lieu dans lequel on a fait le film, on a posé un cadre dans lequel on a placé les comédiens et des choses en fonction de ce qu’ils racontaient, de ce qu’ils disaient. C’était une manière très intéressante de travailler. C’était comme fabriquer une image qui pouvait changer, être très différente de la suivante. On a travaillé comme ça pour les deux appartements.

D’où est venue cette idée ? - J’étais parti pour faire l’appartement et tourner dessus, mais Baptiste (Janon), l’assistant réalisation, m’a conseillé de garder quelques objets que je pourrais ajouter ensuite. J’ai toujours fait ça, mais là, je l’ai pris comme un mot d’ordre et je n’ai fait que ça. On tournait de façon chronologique, et on décorait aussi de façon chronologique. Comme on ne filmait pas deux fois la même chose, on pouvait faire ce qu’on voulait. On cherchait aussi des ambiances différentes : retrouver une nouvelle lumière et de nouveaux éléments font que les objets et les intérieurs racontent quelque chose.

Comment se sont portés les choix de casting ? - Je ne fais pas de casting proprement dit. Je pense à quelqu’un, et puis je fais en fonction de lui. Par exemple Christian Crahay, j’ai pensé à lui il y a très longtemps. Je l’avais vu dans quelques films et je savais que je pouvais avoir accès à lui parce qu’il est lié à Hélicotronc. Il correspond vraiment bien au personnage du surintendant. J’ai construit le personnage à partir de lui. C’était la même chose pour Simon (André) et pour Benoît Piret qui fait partie du Raoul collectif. Je travaille dessus, mais c’est bien après que je les contacte et que je leur propose quelque chose.

Anne-Marie Loop sera également présente au générique. - Anne-Marie est venue plus tard. Baptiste m’a mis sur la voie. J’avais un peu plus de mal pour les rôles féminins. Les rôles masculins portent vraiment la chose. Pour les rôles féminins, j’avais des idées sans avoir fixé personne.

Pourquoi un tournage en deux parties, en octobre puis en juillet ? - Christian Crahay n’était pas du tout libre en octobre. Il m’a dit oui quand je lui ai proposé le rôle, mais on ne s’est pas mis d’accord pour les dates et on a tout postposé au moins de juillet pour l’attendre. Comme le scénario a été écrit pour lui, ce n’était pas possible de faire autrement. C’est un peu risqué. (…) Anthony (Anthony Rey, le producteur – ndlr) a suivi le projet au fur et à mesure de son écriture. Il savait très bien comment la chose était faite, et ça ne l’a pas surpris que je lui dise tout à coup qu’il fallait qu’on face ça au mois de juillet. On se connait très bien.

Est-ce qu’à ce stade le montage a déjà été entamé ? - Je n’ai pas encore vu la partie d’octobre. Il y a toujours une déception entre ce qu’on écrit et ce que l’on tourne. Je parle de déception parce que ça ne correspond tellement pas aux images qu’on s’est créées. Il faut un temps pour l’avaler. (…) Pour le montage, on va suivre l’histoire qui est assez verrouillée – il y a des éléments essentiels, les séquences doivent se suivre. Après, j’interviendrai. Mais on a encore une partie de tournage en octobre, dans les Cévennes. (…) Elle n’était pas au scénario. Personne ne l’a lue. Elle est assez détachée du reste du film.

Un épilogue ? - À un moment donné, dans une des scènes dans le bar de Salah, il y a une dispute et Salomon (le protagoniste – ndlr) raconte l’histoire d’un type qui a perdu toutes ses terres, qui est monté sur son cheval et qui n’en est plus jamais redescendu parce que la terre sous ses pieds n’était plus à lui. Cette séquence raconte cette histoire. Le personnage de ce résistant sera interprété par Salah. Le personnage est sorti de son contexte, mais pas de son histoire. C’est une allégorie. Salah, c’est un résistant. Je raconte ça dans un autre cadre… on peut dire que c’est un épilogue.

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LA PIVOINE

Réalisation et scénario : Joaquin Breton
Avec : Simon André, Christian Crahay, Anne-Marie-Loop, Benoît Piret, Salah
Chien : Jaquet
Producteur : Anthony Rey (Hélicotronc)

Assistant Réalisation: Baptiste Janon
Scripte : Judith Dozières
Directrice de production :Alexandra Schellekens
Régie: Guillaume Henry, Marianne Knecht
Photographie: Francisco Javier Rodriguez
Eléctro : Jean Minetto
Assistant Caméra: Rafael Abril
Son: Arnaud Calvar
Décors / Accessoires : Clio Sigonis
Dresseur : Claude Rigo

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Filmographie Joaquin Breton
LA PIVOINE (CM – fiction – 2016)
ROYAUME DU O (CM – fiction – 2010)
TENNIS SUR COUR (CM – fiction – 2008)
JE SAIS PAS C’EST QUOI QUI FAIT QUE (LM – fiction – 2006)
ABOUTHINGS (MM – fiction – 2006)
HASARD (CM – fiction – 2004)
VIE D’UN TRAIT (CM – animation – 2002)

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