La Permission de Minuit

On 11/03/2011 by Nicolas Gilson

Qu’il est triste de constater que LA PERMISSION DE MINUIT est commis par la réalisatrice de CARNAGES. Delphine Gleize propose un film formaté et formatant, dépourvu de subtilité. Les sujets abordés sont nombreux – des enfants de la lunes à l’éveil à la sexualité, de l’amour maternel au manque du père… – trop sans doute au vu de la gaucherie du développement.

Le dialogue, toujours place et résout les enjeux. Et lorsque cette résolution n’est pas actée dans le phrasé, elle prend forme grâce à la visualisation des « textos » reçus ou envoyés.

L’approche esthétique se veut cohérente tant elle est banale et démonstrative – ou plutôt monstrative. Il ne s’agit jamais de conduire le spectateur à la moindre réflexion. Sa participation se veut toujours passive. Il est là pour recevoir ce qui a été pensé, mâché et digéré, bref formaté, pour lui. Grâce à la dynamique de cadrage, l’attention du spectateur est donc focalisée sur les éléments essentiels à la bonne compréhension du récit, ou des récits car LA PERMISSION DE MINUIT est un bon film à tiroirs – bien creux cependant.

La musique, toujours, exacerbe le pathos, la confusion psychologique des protagonistes, principalement David Assolant – ah, Vincent Lindon. Une confusion déjà bien marqué dans le développement narratif – comme si le spectateur n’était pas à même de comprendre les enjeux mis en places et leur évolution – ainsi que dans le jeu, sans finesse, des acteurs – car après tout le spectateur est bien nigaud et là non plus ne peut pas être confronté la moindre subtilité. En fait, les renforts musicaux sont nombreux afin de sauver des séquences entières qui ne fonctionnent affreusement – ou ridiculement – pas. Le plus drôle est sans doute le jeu avec une tonalité musicale propre au film de genre afin de marquer la tension.

Mais la musique est aussi un véhicule de sens, au-delà du conditionnement dont elle est la garantie – enfin si le spectateur ne quitte pas la salle ou ne s’endort pas. Ainsi la chanson « C’est extra » est redécouverte. Mais cela n’a rien de transcendant et l’hypothèse intertextuelle et citationnelle, qui prend également d’autres formes, est in fine bien pauvre. Comme l’ensemble du film ceci dit.

L’ennui est là, inexorablement. Le spectateur peut donc se poser des questions existentielles. Emmanuelle Devos ne portait-elle pas déjà ce modèle d’imperméable dans A L’ORIGINE ? Pourquoi la mettre en avant dans le générique alors qu’elle a un si petit rôle ? Vincent Lindon a-t-il un agent de qualité ? Que vais-je manger ce soir ? Qui a trouvé le nom David Assolant ? Mais à quoi sert donc le personnage de l’épouse ?

Ou si il le désire, il peut réfléchir à la cohérence temporelle du film. Un film qui n’en finit pas de commencer pour ne jamais cesser de terminer.

Mais l’important est à trouver dans la morale mise en place. Dans la conception de l’amour tel que vu par David Assolant : « Il faut qu’une femme qu’on aime n’aie pas à se plaindre. C’est ça l’important. » Mais qu’en est-il du spectateur ?

LA PERMISSION DE MINUIT

Réalisation : Delphine GLEIZE
Belgique / France – 2010 – 110 min
Distribution : Cinéart
Comédie dramatique
EA

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