La nuit qu’on suppose

On 14/01/2014 by Nicolas Gilson

Avec son premier documentaire, Benjamin d’Aoust questionne l’importance du regard au travers des portraits croisés de cinq personnes qui ont perdu la vue. Sensible, la démarche tend à dévoiler, par touches successives, les étapes d’une rencontre multiple avant tout humaine. Les témoignages de Brigitte, Danielle, Hedwige, Bertrand et Saïd entrent peu à peu en dialogue et révèlent la réalité plurielle de cette nuit supposée.

la nuit qu'on suppose - Brigitte

« - Tu vois mal Benjamin ? »

D’entrée de jeu le réalisateur acte de sa présente comme s’il est nécessaire de rappeler au spectateur la réalité de la caméra dont les témoins ne peuvent avoir une pleine conscience. En filmant, en impressionnant des bribes de vie et autant de confidences, il révèle une réalité au travers du prisme de son propre regard. Aussi n’est-il pas anodin que la question d’un des témoins trouvent sa place à l’ouverture du film : « Est-ce que le fait de filmer des personnes aveugles induit quelque chose par rapport à votre manière de filmer ? »

Si Benjamin d’Aoust se focalise sur les visages de ses interlocuteurs, il porte une attention particulière à leurs gestes, leurs mouvements, qui deviennent de réelles sensations. Au-delà des mots, posés et réfléchis, chaque témoin se livre ainsi à travers son corps. Les déplacements de Danielle dans son appartement ou ceux de Hedwige en rue se veulent d’autant plus impressionnants qu’il permettent de transcender une facette de leur quotidien.

L’approche du réalisateur permet d’appréhender peu à peu tant la réalité que la personnalité des témoins qui vivent dans « un pays où il n’y a pas de frontière », un pays où ils sont « abandonnés au regard de l’autre ». Danielle est musicienne, Hedwige est peintre, Saïd est danseur, Brigitte est écrivain tandis que Bertrand est amateur de sculpture. Chacune de ces passions permet de démultiplier le questionnement sur la cécité. Ce faisant, Benjamin d’Aoust va au-delà du handicap et met en perspective l’hypothèse même des sens.

LA nuit qu'on suppose - affiche

LA NUIT QU’ON SUPPOSE
♥♥
Réalisation : Benjamin D’Aoust
Belgique – 2013 – 73 min
Distribution : Helicotronc
Documentaire

FIFF 2013

La-Nuit-qu-on-suppose-1

La-Nuit-qu-on-suppose

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