Critique : La loi du marché

On 05/06/2015 by Nicolas Gilson

Afin de dénoncer les injustices de la société néo-libéraliste et capitaliste, Stéphane Brizé compose avec LA LOI DU MARCHE un petit pamphet démonstratif. Il retrouve Vincent Lindon qui campe un demandeur d’emploi qui lutte pour ne pas s’effondrer. Un exercice rhétorique.

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Au chômage depuis de nombreux mois, Thierry (Vincent Lindon) suit les formations offertes par l’ANPE en questionnant le fonctionnement d’un système aux failles apparentes. Il se plie aux exercices de mise en situation et postule un maximum. Qu’importe que la fonction et le salaire soient moindre à ceux auxquels il peut prétendre, il veut pouvoir assurer l’avenir de son fils et payer ses études. Il veut exister socialement aussi.

Un premier tableau nous confronte tout à la fois à l’énergie et à la lassitude de Thierry alors qu’il dialogue avec son conseiller-emploi. Au fil de l’échange, il remet en cause le système bancal des stages et souligne l’inaptitude d’un encadrement qui, malgré sa bonne volonté, ne lui permet pas de trouver un emploi. Stéphane Brizé assoit au fil d’une succession de séquences la réalité sociale et familiale de son personnage – un provincial qui prend des cours de rock avec sa femme et songe à vendre son mobile-home pour être sûr de pouvoir payer l’aide soignante nécessaire à son fils handicapé.

la loi du marché brizé

Chaque scène est écrite avec soin et n’en paraît que plus réaliste. Toutefois leur lisibilité est trop manifeste, le réalisateur mettant en exergue l’entièreté d’un système – le marché de l’emploi mais aussi des banques – et ses conséquences. Entre entretien d’embauche par Skype et débriefing de « présentation » avec d’autres demandeurs d’emploi, Thierry se bat, coute que coute. S’opère alors un basculement qui rend la démonstration poussive et bientôt irréaliste : Thierry est engagé comme agent de sécurité dans une grande surface. Un travail qui lui demande de surveiller les clients mais aussi les employés. Le monde du travail est impitoyable et se dessine comme une épreuve morale pour Thierry qui permet au réalisateur de poser une question : Peut-on accepter « la loi du marché » ?

Portant le choix éonnant (et grandiloquant) de l’ouverture du format scope, Stéphane Brizé concentre son attention sur le personnage de Thierry afin de rendre palpable son ressenti. Flirtant avec la séquentialité, il compose chaque séquence afin d’exacerber les enjeux dont il fait la démonstration. Les valeurs de plan font-elles sens que les effets de mise en scène ne sont que trop apparents à l’instar d’un jeu sur les focales pour reforcer l’hypothèse de trouble ou d’un zoom d’une rare platitude. Vincent Lindon excelle-t-il dans son interprétation qu’il parait impossible de partager un trouble pourtant manifeste à mesure que la distanciation de l’approche s’impose – notamment la scène finale, difficilement crédible tant les intentions de Brizé sont évidentes.

affiche la loi du marchéLA LOI DU MARCHE

Réalisation : Stéphane Brizé
France – 2015 – 93 min
Distribution : Victory Productions / RIL
Drame

Cannes 2015 – Sélection Officielle – Compétition

Mise en ligne initiale le 18/05/2015

Cannes 2015 signature 2

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