La journée de la Jupe

On 15/07/2009 by Nicolas Gilson

Intervenant dans une altercation entre deux élève, un professeur de français se saisit de l’arme mère de cette confrontation. Elle tire, panique et prend ses élèves en otage …

CONSTAT D’UNE EFFARANTE JUSTESSE

Malgré des failles tant scénaristiques qu’esthétiques La journée de la jupe s’avère être un film âprement nécessaire. Un film d’une justesse alarmante qui confronte le spectateur à un état de faits interpellant. Pour parler de la double problématique des banlieues et de l’enseignement, Jean-Paul Lilienfeld opte pour une approche radicale d’un huit-clos perturbant qui confronte un professeur à ses élèves avec comme nouvelle donne, garante de respect, une arme à feu.

Si l’on peut reprocher la dissolution de la trame narrative au travers d’une succession de bulles à la fois pauvres et peu crédibles, la mise à nu opérée d’une réalité sociétale est criante de vérité. Jean-Paul Lilienfield va là où d’autres ne se risquent pas : afin de démontrer l’importance de l’éducation il sort du consensualisme. Il aborde des sujets clefs, trop souvent éludés, telle la problématique des tournantes. Il dresse un portrait à la fois atroce et désolé d’une génération dont les repères sont troubles et contradictoires. Il esquisse, au travers d’une intrigue dramatique, un constat social d’une justesse détestable.

Il confronte enfin le spectateur à la justification des comportements. Qu’il s’agisse de ceux des élèves comme de ceux des professeurs. A l’instar la séparation des filles et des garçons qui est appréhendée pluriellement et qui confronte tant le spectateur que les différents protagonistes à la stupidité des raisonnements. La figure du professeur interprétée par Isabelle Adjani est perturbante car elle effraie autant qu’elle subjugue. La déraison, qui l’emporte malgré elle, est empreinte d’une dualité interpellante. Le jeu de l’actrice tantôt irritant, tantôt envoûtant, confère un sens particulier au personnage même.

La mise en scène de ce drame événementiel est époustouflante. Les gestes des collégiens suggèrent un tension constitutive impressionnante. Le casting des différents adolescents qui sont confrontés à une Adjani singulière est proprement saisissant.

Pour une production à vocation télévisuelle – car ce n’est que grâce à Arte que le projet a pu, enfin, voir le jour – le film de Jean-Paul Lilienfield est remarquable. Certes avec une approche esthétique propre et définie, moins brouillonne, il n’en aurait été que meilleur mais la justesse du propos transparaît envers et contre tout. Et n’est-ce pas là une gageure que nombreux ne parviennent pas à relever ?

Alors si la réalisation irrite en cause d’une caméra sans cesse en mouvement, la radicalité du propos est telle que cela n’a aucune importance. Un point de vue semble s’esquisser : celui du réalisateur ou plutôt celui du regard qu’il porte sur le sujet qu’il met en scène. Les séquences du huit-clos professeur/élèves sous-tendent une dynamique de démultiplication de l’attention : aussi les mouvements récurrents, les effets de zoom ou encore une logique de cadrages pluriels prennent sens. Et si les séquences qui prennent place hors de ce théâtre, flirtant avec le n’importe quoi, déforcent cela elles n’amenuisent en rien l’intérêt même de la démarche.

jupe

LA JOURNEE DE LA JUPE
**
Réalisation : Jean-Paul LILIENFELD
France – 2008 – 88 min
Distribution : Les films de l’Elysée
Drame
Enfants Admis

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