Critique : La isla mínima

On 13/07/2015 by Nicolas Gilson

Nous propulsant à l’aube des années 1980 dans les zones marécageuses andalouses de Guadalquivir, Alberto Rodriguez tisse un thriller palpitant. Au fil d’un scénario habile et d’une réalisation électrisante, LA ISLA MINIMA dépasse l’hypothèse même du suspens et nous confronte, par touches impressionnistes et jeux de contraste, à la réalité des années de « transition démocratique ». Derrière un thriller superbement développé, se tisse la grande Histoire d’un pays qui cherche son pouls tandis que sont encore à vif les cicatrices de la dictature militaire. Magnétique.

Pedro (Raúl Arévalo) et Juan (Javier Gutiérrez) sont dépêchés dans un village d’Andalousie, près de l’embouchure du Guadalquivir afin d’enquêter sur une double disparition. Alors que les deux détectives que tout oppose tentent d’obtenir quelques informations de la part de témoins peu enclins à parler, les corps des adolescentes sont retrouvés. Ils doivent alors élucider ce double meurtre…

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D’entrée de jeu, l’espace-lieu s’impose comme hypnotique et semble anticiper la complexité du scénario tandis que quelques sublimes vues aériennes permettent d’apercevoir la sinuosité d’une région parsemée de marécages – rongée par eux. La musique esquisse-t-elle déjà un climat singulier que l’eau et les nervures qu’elle dessine prennent la forme d’un cerveau. En quelques plans, Alberto Rodriguez attise nos sens et, déjà, nous envoute.

Les premières lignes de l’enquête nous laisse interdits. Le duo de détectives présage d’entrée de jeu deux modes de fonctionnement diamétralement opposés, Pedro et Juan n’ayant en commun que leur insigne et leur moustache. Le premier est à cheval sur le règlement, le second ne cesse de le contourner. L’un et l’autre incarnent une Espagne à deux visages qui doit pourtant faire front mais aussi se faire confiance… Deux lignes de tension, comme deux lignes narratives, se croisent et se nourrissent : la rencontre forcée entre Pedro et Juan, et l’enquête proprement dite.

Isla Minima Una pelicula de Alberto Rodriguez Produccion Atipica

Construite avec soin, celle-ci est forgée de nombreux rebondissements envisagés avec acuité afin de surprendre tout à la fois les protagonistes et le spectateur. Les pièces du puzzle prennent place dans une incertitude alimentée par le silence et les doutes de nombreux protagonistes. Au-delà, les révélations de l’investigation ouvrent sur des enjeux sociaux et sociétaux à l’instar de l’éveil à la sexualité et de la domination (masculine et patronale) tandis que le réalisateur se fait le porte-voix de l’émancipation féminine.

La photographie du film – tantôt trop chaleureuse, tantôt bien froide - est pensée avec soin. Si elle permet d’ancrer un jeu de révélation, le montage, en renforçant la dynamique hypnotique des travellings-avant, devient le garant d’une réelle mise en haleine – le hors-champs devenant une saisissante source d’angoisse. Elément de ponctuation ou de transition, la musique renforce le riche climat électrique (et électrisant) que confère au film Alberto Rodriguez. Plus encore, en accordant un soin particulier au détail, il nourrit notre réflexion d’éléments qui, pouvant paraître anecdotiques au regard de l’intrigue, ne le sont pas à celui de l’Histoire.

la isla minima - afficheLA ISLA MINIMA
♥♥(♥)
Réalisation : Alberto Rodriguez
Espagne – 2014 – 104 min
Distribution : Cinéart
Thriller

BIFFF 2015 – Prix du meilleur thriller

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