La Guerre Est Déclarée

On 02/07/2011 by Nicolas Gilson

LA GUERRE EST DECLAREE est un film magistral qui nous convie à rencontrer un couple, Roméo et Juliette, dont le tout jeune enfant, Adam, a une tumeur maligne au cerveau. Sans prétention aucune, Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm nous font les témoins de leur histoire: une guerre du quotidien.

Un jeune garçon et sa mère sont dans un hôpital afin que l’enfant passe une IRM. Les gestes qui priment sont mécaniques. L’habitude – au sens de la ritualité – s’inscrit sans répétition. Le montage dessine une impression de regard, de battements de cils, sur une situation à la fois troublante et banale. L’enfant disparaît comme avalé par la machine. La mère elle regarde sur le côté. La dimension sonore prend alors le dessus, le rythme quasi musical des appareils environnants devient une assimilation de l’esprit. Il est alors question d’évocation. La jeune femme revit sa rencontre avec Roméo. Elle s’appelle Juliette. Leur rencontre semble destinée.

De la naissance du couple à celle d’Adam, nous sommes les spectateurs d’un récit singulier. L’habile scénario co-signé par Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm (qui interprètent prodigieusement Juliette et Roméo) voyage parmi les genres et les styles afin de mettre en place une dynamique sensationnelle dépourvue du moindre pathos. Pure gageure alors qu’il s’agit de leur propre histoire.

Il est tout à la fois question de romanesque et de réalisme sensible. Nous sommes tantôt spectateurs et tantôt témoins. Trois narrateurs interviennent selon des logiques de mise en scène plurielles afin de mettre en place ponctuellement une distanciation nécessaire à la respiration. Cet emploi de la voix-over n’est pas sans rappeler un certain cinéma de la nouvelle vague. Le jeu restera réaliste ou, au contraire, marquera l’artifice pour échapper à l’apitoiement. Et le film n’en est que plus fort.

Car en réalisant LA GUERRE EST DECLAREE Valérie Donzelli se met à nu. Elle se livre à nous, dévoile le parcours qui est le sien, partagé avec Jérémie Elkaïm. L’approche est à la fois sensible et sensitive. Chaque séquence a son propre rythme (à la fois narratif et esthétique) et enrichit subtilement l’ensemble auquel elle participe. Valérie Donzelli entremêle les genres (notamment la comédie) et les approches esthetiques, elle nourrit son film de détails, d’anecdotes, de couleurs et de musiques qui ont en commun une rare sensibilité. L’acuité du montage est à souligner tant l’équilibre est ténu. La maladie n’est centrale qu’en ce qu’elle emporte le couple dans une aventure dont il ne peut sortir (car la sortie est là, d’emblée) que changé.

Si une impression de complaisance apparaît cependant de-ci, de-là, c’est par nécessité. Comment une telle mise à nu, sincère et entière, pourrait-elle y échapper ? Il est nécessaire de respirer. Il est nécessaire aussi que l’amour qui lie Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm s’impose par la magnification du regard qu’ils se portent respectivement. Plus que de complaisance, il est question de respect et de louange. LA GERRE EST DECLAREE s’impose comme sensationnel.

LA GUERRE EST DECLAREE
♥♥♥♥
Réalisation : Valérie DONZELLI
France – 2011 – 100 min
Distribution : Cinéart
Drame
Cannes 2011 – La Semaine de la Critique (Film d’ouverture)
Paris Cinéma 2011 – En Compétition

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