La Grande Bellezza

On 24/09/2013 by Nicolas Gilson

Portrait d’une société décadente, LA GRANDE BELLEZZA met en scène Rome et son élite intellectuelle et (surtout) mondaine. Par la biais de la figure centrale d’un journaliste à succès (le cynique et désabusé Jep Gambardella), Paolo Sorrentino dépeint et met à nu un univers baroque dont il exacerbe le déclin. Il signe un film tout à la fois grandiloquent et prétentieux, à l’image de ses protagonistes.

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« Ha scritto una merda »

Jep Gambardella (Toni Servillo) a écrit dans sa jeunesse un roman (« L’appareil humain ») qui lui a valu un prix littéraire et la reconnaissance d’un milieu dans lequel il s’est fondu jusqu’à en être le centre. Célibataire et séducteur invétéré, il est de toutes les soirées et de tous les événements. Conscient de la comédie au sein de laquelle il évolue, il endosse son costume avec flegme et, la soixantaine bien entamée, il pose sur son propre univers un regard sarcastique dont la lucidité se révèle assassine. Ses amis et ses fréquentations, qu’il dépeint avec verve, sont autant de facettes d’un prisme qui a perdu sa splendeur. Mais tous refusent de se l’avouer.

Plus qu’une photographie de la société romaine, Paolo Sorrentino propose une série de cartes postales aux mille et un effets. Le scénario se compose d’une succession de séquences dont le ciment serait tout à la fois le protagoniste central, Jep Gambardelle, et la ville. Jep est d’ailleurs d’emblée assis comme le maître de cérémonie et devient le guide voire le bouffon d’un récit dont il fait partie tout en cherchant à s’en distancier. Observateur, il met à nu les failles et la réalité de son entourage et révèle ainsi les stigmates que tous s’entendent à maquiller. Toutefois, au coeur de ce jeu cynique, la narration évolue et, sans réelle logique, le personnage bascule vers une partielle introspection et se met alors en quête d’amour…

De performances moquant franchement un certain art contemporain aux portes de l’onirisme, du questionnement de la place de l’Eglise à la rencontre fortuite avec Fanny Ardant, Paolo Sorrentino signe un portrait acerbe et moqueur, artificiel et in fine insensible. Le trait est-il trop ou pas assez épais que LA GRANDE BELLEZZA s’avère être tout à la fois une satire jouissive et virulente, et une fresque démonstrative et caricaturale.

Les appuis sont nombreux tout comme les jeux d’effets (visuels et sonores) et les artifices. Les séquences se suivent comme des clips s’enchainent. La réelle cohérence est purement démonstrative se trouve dans l’artificialité et l’esthétisation dont témoigne le réalisateur. Génial ou prétentieux, le film se veut époustouflant ou agace irrémédiablement.

La grande bellezza

LA GRANDE BELLEZZA
♥♥
Réalisation : Paolo SORRENTINO
Italie – 2013 – 142 min
Distribution : ABC Distribution
Drame / Comédie bouffonne

Cannes 2013 – Sélection Officielle – Compétition

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