Critique : La French

On 01/12/2014 by Nicolas Gilson

Polar français sans saveur au casting inégal, LA FRENCH rend vie à une l’affaire dite de « La French Connection » avec une rare superficialité. Jonglant sans grâce ni cohérence avec les artifices et des effets de mise en scène éculés, Cédric Jimenez propose une lecture factuelle et démonstrative dépourvue de point de vue. Veut-il trouver un équilibre entre les protagonistes qu’il ne parvient pas à en donner le moindre à son film – qui devient in fine d’une longueur éreintante.

GAUMONT_LA_FRENCH

Encore jeune magistrat, Pierre Michel (Jean Dujardin) est, en 1975, nommé juge du grand banditisme à Marseille. Il s’attaque à des trafiquants d’héroïne qui écoulent leur marchandise à travers le monde. A la tête de ceux-ci, Gaëtan Zampa (Gilles Lellouche) apparaît être intouchable. Pierre Michel en fait une question personnelle et force les méthodes, ce qui n’est pas au goût de tous…

L’ouverture du film tend à en introduire les principaux protagonistes et à donner le ton. Il s’agit d’ès lors d’épouser deux schémas narratifs qui bientôt se complètent : le bon d’un côte, le truand de l’autre. Un manichéisme que Jimerezz tente néanmoins de dépasser sans jamais y parvenir. La mise en place est sinueuse, le réalisateur cherchant à se fondre au regard des personnages tout en ancrant un distanciation dans laquelle il s’enlise. A mesure que les séquences se succèdent, toute plus démonstratives les unes que les autres, le réalisateur démultiplie les pistes narratives. S’il met avec efficacité en place de nombreux enjeux, il ne cesse de changer de point de vue afin de montrer (non sans appui) ce que nous pourrions découvrir ou imaginer en même temps et avec les personnages qui ne prennent platement vie qu’à travers l’action.

Jamais leur ressenti n’est moteur. Celui-ci est exacerbé sans finesse tandis que leur vie privée est à peine esquissée au second plan. S’il est indéniable que celle-ci a une grande incidence sur Michel et Zampa ou devient le témoin de leur possible déraison, il est évident que LA FRENCH présente soit de cruels manquements scénaristiques, soit un réel souci de montage. Les épouses des deux principaux protagonistes devenant des accessoires parmi les artifices.

Au coeur d’une réalisation sans réelle cohérence esthétique – si ce n’est la recherche de l’effet le plus démonstratif – il est regrettable que les interprétations de Jean Dujardin et de Gilles Lellouche soient proprement caricaturales. Un souci du à l’approche qui assoit le fait qu’ils n’ont rien à défendre : les scènes permettant de rencontrer les protagonistes ou d’en partager le ressenti étant cruellement absentes. Nous sommes tellement placés à distance qu’ils deviennent archétypaux et se transforment en tristes marionnettes.

Mais le plus affligeant est sans doute l’emploi – ou le non emploi – que fait Jimerez des ses actrices Céline Sallette et Mélanie Doutey. Celles-ci interprêtent avec force des personnages tellement effacés que l’émotion qu’elles rendent palpable apparaît n’être qu’un élément de conditionnement. Déplorable.

LA French

LA FRENCH

Réalisation : Cédric Jimenez
France – 2014 – 135 min
Distribution : Alternative Films
Action

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>