Critique : La Fille du RER

On 18/03/2009 by Nicolas Gilson

Jeanne vit en banlieue avec sa mère, elle ne travaille pas et cherche sans grande conviction à remédier à cette situation. Elle rencontre un jeune homme bien décidé à la séduire et se laisse prendre au jeu. Un jeu doux et romantique au sein duquel elle va se perdre sans s’en rendre vraiment compte …

LORSQUE LA FICTION PREND TOUT SON SENS

En partant d’un fait divers aussi choquant que déroutant, André Téchiné livre un film à la fois impressionnant et riche. Avec un casting de choix, une direction d’acteur exemplaire et une mise en scène témoignant de son intelligence cinématographique, le réalisateur témoigne de la force que peut encore avoir le cinéma français.

En amont de La fille du RER, il y a un fait divers lourdement médiatisé, qui dérouta tant l’opinion publique que le monde politique français, mais aussi une pièce de théâtre, RER, écrire par Jean-Marie Besset dont Téchiné porte à l’écran l’adaptation. Le réalisateur a créé une réelle dynamique de fictionnalisation ; il ne cherche pas à mettre en scène ni le fait divers ni la réalité de cette sombre histoire mais il en fantasme l’univers matriciel.

L’écriture scénaristique est proprement époustouflante. Deux chapitres composent le film. Le premier esquissent les tenants et les aboutissants d’une relation triangulaire, prémisse au second. Entre les deux : le fait divers est mis à nu sans pour autant prendre vie puisqu’il n’existe pas. Le premier chapitre esquisse l’identitaire de la protagoniste principale. Celle-ci, très proche de sa mère, va tomber amoureuse d’un jeune homme très décidé à la conquérir. Une histoire simple et directe, foncièrement contemporaine. Une rencontre au sein de laquelle la jeune fille se perd, n’existant plus qu’en fonction de l’autre. De fille elle devient femme et maîtresse en oubliant sans doute l’essentiel : être soi.

Le déséquilibre que cela engendre est intelligemment pensé par Téchiné. Mais celui-ci complexifie son scénario en donnant vie pluriellement aux notions même de couple et d’identitaire. Un force d’écriture proprement déroutante.

La mise en scène est à la fois riche et plurielle. Téchiné parvient notamment au travers de sa réalisation à intégrer au sein de la captation même l’intensité et la rapidité de la relation naissante entre le couple formé par Emile Dequenne et Nicolas Duvauchel. En intégrant des images de communication virtuelle le réalisateur esquisse, dans la valeur des plans, l’hypothèse d’objectualisation des corps qui est y liée. Une objectualisation qui va de paire avec l’identitaire psychologique de la protagoniste principale. Une caméra vive et souvent en mouvement, sans pour autant sombrer dans une dialectique oppressante, engendre une réelle dynamique fluide et directe.

Le second chapitre du film se construit selon une toute autre logique, celle de la mise en nu des faits et de la critique de l’engouement médiatique et politique qui y fut lié. Aussi la mise en scène s’avère ponctuellement théâtrale lorsque l’importance est donnée au discours ; une sobriété efficace et nécessaire. Tandis que la folie médiatique sera révélée tant au travers du recours à la citation que de la mise en scène pure. Mais le film n’en est pas pour autant décousu, bien a contraire il témoigne d’une fluidité remarquable.

La photographie apporte quant à elle une coloration particulière tout en participant à la révélation d’une hypothèse intimiste qui nourrit le film d’un bout à l’autre.

La direction d’acteur est d’une justesse déconcertante. Catherine Deneuve laisse place et donne vie à son personnage avec une crédibilité quelques fois trop rare chez elle. Tandis qu’Emilie Dequenne témoigne d’une force de jeu aussi troublante que renversante. Sans doute son plus beau rôle, à la fois complexe et névrosé.

Après Les témoins Téchiné signe à nouveau un film d’une intensité qui devient malheureusment bien rare dans le cinéma français actuel. Un film plein de sens et fort d’une réelle intelligence cinématographique tout en étant accessible.

LA FILLE DU RER
♥♥♥
Réalisation : André TECHINE
France – 2008 – 105 min
Distribution : BFD
Drame
Enfants admis

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