La Fille du Puisatier

On 18/04/2011 by Nicolas Gilson

Avec la FILLE DU PUISATIER, Daniel Auteuil raconte une histoire. Il voyage dans le temps, retrouve le Sud de la France d’avant la grande guerre avec ses accents et ses petites gens. Il joue aussi : il plonge dans le récit où il campe une figure patriarcale trop typique qui, faute d’être critiquée, apparaît gaillarde malgré le message misogyne qu’elle transcende.

Avec sa première réalisation, Auteuil tente de rendre vie à une époque désuette : une vie cependant bien romanesque et construite d’artifices ; une esquisse sans relief. Si l’écriture est superficielle, l’ensemble du film ne peut prétendre à plus que cela. Pourtant Auteuil s’appuie sur le texte de Pagnol, déjà mis en scène au cinéma par l’auteur en 1940, dont il ne garde que la poussière due au temps.

L’approche esthétique, très classique, est dépourvue de singularité. LA FILLE DU PUISATIER est une grosse machine servie d’une photographie chaleureuse et enrobante – merci les effets de travelings. La musique s’impose comme bien présente de bout en bout du film. Mais elle n’est pas uniquement atmosphérique : elle est le recours premier afin d’introduire et de ponctuer l’ensemble des séquences qui construisent le film.

Celui-ci repose sur un scénario en chapitres bien distincts : il s’agit de raconter une histoire, sans réel point de vue, mettant en scène une jeune fille, son père et leur entourage, de période en période. Chaque chapitre se ponctue par un passage au noir, significatif d’une ellipse temporelle. Les enjeux développés ne sont pas neufs et surtout ne présentent pas d’investissement social ou sociétal, si bien que LA FILLE DU PUISATIER semble nourrie d’un vide sidéral. Mais l’absence d’engagement est peut-être un gage en soi… Pagnol était le témoin d’une époque, son œuvre celui d’une société. Le regard de Daniel Auteuil est passéiste.

La dynamique scénaristique ne dénonce rien, n’exprime aucun point de vue. Pourtant le sujet touche à la liberté de la femme, à son assujettissement aux hommes, aux normes qui seront critiquées par les féministes… bref au patriarcat et ses conséquences. Or la trame narrative est construite à gros traits, sans sous-texte, avec une galerie de personnages représentatifs de la vie d’antan. Une vie bien caricaturale. D’emblée le romanesque l’emporte en conditionnant l’héroïne dans un rôle stéréotypé et bêtifiant. La pauvre enfant est incapable de défaire ses lacets pour traverser la rivière. Pourtant même si elle a grandi à la ville – mais ça Daniel Auteuil va bien l’expliquer dans un monologue improbable où il conte la vie de sa famille à son ami et collègue qui semble ne jamais en avoir pris connaissance avant – Patricia s’occupe de ses sœurs, fait à manger, se tape les lessives et le ménage… En gros elle gère un travail de gueux, sans horaire, au cœur duquel elle prend le temps d’apporter le déjeuner à son père. Mais bête qu’elle est, elle n’a pas le sens de l’orientation et n’est pas capable de défaire ses lacets comme, en plus, elle a raté le passage. Un jeune homme – figure héroïque – la conduit donc sur l’autre rive. Et, badaboum, l’héroïne en tombe amoureuse. Ensuite le récit sombre irrémédiablement dans du sous-Pagnol sans richesse et sans discours.

Aux manques de relief tant scénaristique qu’esthétique répond celui de la mise en scène. Certains s’en sortent heureusement – Sabine Azéma, Marie-Anne Chazel et Jean-Pierre Daroussin sont présents au générique afin de rompre l’ennui – d’autres non. Kad Merad s’essaye à l’accent du Sud, que Daniel Auteuil retrouve avec brio, tandis que Nicolas Duvauchel garde ses vêtements bien fermés. Le jeu de Astrid Berges-Frisbey (Patricia) s’impose pour sa part comme ridicule – pour ne pas dire attroce – tant elle apparaît à chaque séquence réciter un texte qu’elle peine à avoir en bouche et dont l’écoute est tout aussi pénible – sa mièvrerie rencontre celle de son personnage, une prouesse sans doute. Les figurants figurent et l’artifice s’impose.

LA FILLE DU PUISATIER

Réalisation : Daniel AUTEUIL
France – 2010 – 107 min
Distribution : Alternative Films
Comédie dramatique – Romance
EA

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