La fille du 14 juillet

On 08/09/2013 by Nicolas Gilson

Tout à la fois inventif, drôle, bricolé, désuet et longuet, le premier long-métrage d’Antonin Peretjatko laisse dubitatif. Enchanteur et ennuyeux, le film respire une complète liberté tout en témoignant d’un cadenassage complet de la part du réalisateur (de l’écriture du scénario au montage final) : que l’on adhère ou non à son univers, LA FILLE DU 14 JUILLET a le mérite d’être original – et la singularité est un atout rare au cinéma.

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« Bon, après tout, ça me fera peut-être oublier la fille du 14 juillet »

L’introduction donne le ton : Hector (Grégoire Tachnakian) qui est appuyé contre un mur pourvu de l’inscription « 29 juillet » fait résonner les timbales en expliquant être là pour souligner la date. Il accepte de quitter son poste et de suivre son ami Pator (Vincent Macaigne) au bar du coin car « Bon, après tout, ça me fera peut-être oublier la fille du 14 juillet ». Une prime narration est alors induite et en parallèle l’explosion de la dynamique scénaristique s’impose rapidement : de la découverte de Truquette (Vimala Pons) à la fuite forcée de Pator jusqu’à la décision de partir en vacances alors que la rentrée est avancée d’un mois… Bien qu’éparse, la narration est assise comme telle notamment par l’apparition en voix-over d’un narrateur/commentateur (le réalisateur) qui insuffle un caractère romanesque et épisodique tout en asseyant la suprématie de son regard.

La logique est simple : il n’y en a pas, du moins en apparence. Car celle-ci est à dessein inintelligible : Antonin Peretjatko s’émancipe d’une logique rationnelle pour composer un récit aussi débraillé et libre que ses protagonistes. Une trame, fine et légère, sert de prétexte à une complexification burlesque et délirante. Le conte se ponctue de sketchs plus ou moins drôles et de séquences absconses et improbables. Certains peuvent crier au génie, les autres au capharnaüm. Toutefois au coeur de ce chaleureux délire il pose un regard moqueur sur la société (normée, codée, ritualisée) en tournant par exemple « la crise » en totale dérision.

L’approche esthétique transcende la complète liberté dont peut se targuer Antonin Peretjatko entre des images prises sur le vif lors des défilés du 14 juillet et celles quelques fois mises en scène dans la plus complète artificialité. La logique n’a de raison qu’un sein d’une même séquence ce qui donne à l’ensemble une vivifiante énergie (bien que quelques fois agaçante) et met e place un ton général. La légèreté du tournage en 16 mm est palpable tout comme la dimension ludique de l’objet même tant le réalisateur joue avec les possibilités offertes par le cinéma (des effets iris à ceux de faux raccords). Cependant le son étonne et ancre une complète distanciation tant l’ensemble paraît désynchronisé. Si l’effet est recherché (un décalage entre la captation de l’image et celle du son – ensuite accéléré pour entrer dans la logique de diffusion à 24 images par secondes) et participe à la bouffonnerie générale, faut-il encore que l’on adhère à cet étrange rythmique.

Plus encore Antonin Peratjatko « colore » le film à coup de « musique au mètre » : un effet tantôt déroutant (à l’instar de faux suspens) mais aussi agaçant. Mais que l’on pénètre ou non son univers, il a le mérite de nous proposer autre chose : une amusante expérience cinématographique.

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LA FILLE DU 14 JUILLET
♥♥
Réalisation : Antonin PERETJATKO
France – 2013 – 88 min
Distribution : Numéro Zéro – num(z)éro
Comédie

Cannes 2013 – Quinzaine des réalisateurs

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