La Domination Masculine

On 01/12/2009 by Nicolas Gilson

Sortie du Film La Domination Masculine de Patrick Jean

De la naturalisation comportementale induite par la société à l’antiféminisme virulent et affolant, LA DOMINATION MASCULINE n’a de cesse d’envisager sous une multitude de facettes un sujet interpellant, celui de l’inégalité aberrante entre les sexes qui s’impose pourtant comme normée, cruellement ancrée malgré une impression contraire bien superficielle.

Patric Jean nous invite à une dure rencontre ; celle avec la société au sein de laquelle nous évoluons. Il construit son film en une succession d’angles d’approche, de différentes thématiques ancrant une hypothèse de chapitres alors induits dont l’accumulation permet d’atteindre l’essence même du sujet : l’effroi que cette domination masculine signifie.

Une esthétique simple privilégiant la captation des gestes et des échanges de regard, une dynamique d’inserts révélateurs et une froide frontalité de nombre des témoignages – ces témoignages animés par le trouble, la déchirure ou encore la hargne. La force des inserts permet d’illustrer les propos recueillis : une succession «d’images» plus que parlantes qui tantôt font sourire, tantôt glacent le sang. En leitmotiv un mur blanc sur lequel le réalisateur épingle une série de clichés – à la fois photographiques et normatifs ; une série de symboles de la domination masculine.

Celle-ci s’impose d’abord par le billet de l’humour : l’homme se résumant à son phallus. Un phallus démultiplié, synonyme de fierté et de pouvoir. Une introduction presque ironique mais pour le moins révélatrice. Une question y prend place : Qu’est-ce que la masculinité ? Est-ce la fierté, le pouvoir, le pénis – dans sa longueur et son épaisseur … ou n’est-ce qu’une question de domination ?

Domination ou prédominance ? Ah, le sexe fort qui définit le sexe faible. Mais notre société – évoluée, égalitaire – n’a-t-elle pas donné naissance à la disparition de toute logique patriarcale ? Le féminisme n’a-t-il pas gagné tous ses combats, n’a-t-il pas castré l’homme ?

Patric Jean révèle le contraire. Il met en lumière la naturalisation intrinsèque des notions de masculinité et de féminité, ou les jugements de comportement induit par la simple définition sexuelle. Il illustre ce que d’aucun appelle «la domination silencieuse». Cette domination assise par les jouets des enfants, les définitions des rôles et des attentes en fonction du sexe dans la littérature enfantine, l’extrémisme religieux … Une terrible dualité de la construction identitaire stigmatisant deux univers distincts, normés, codés. Une domination contre laquelle se bat le féminisme. Une domination foncièrement masculine, âprement perfide.

Le réalisateur s’intéresse aussi au mouvement de la «mâle attitude», sorte de mouvement contre-féministe bien déroutant. Improbable contraste face aux violences conjugales voire sociales et sociétales. Il revient sur le drame de Polytechnique du 6 décembre 1989 au Canada – premier crime clairement identifié et identifiable comme antiféministe. Un événement déroutant qui ne peut encore aujourd’hui laisser indifférent.

LA DOMINATION MASCULINE est un film sincère et révoltant. Patric Jean y dresse un amer constat et met en scène un réel portrait de société. Une société où la femme reste platement objectualisée, une société où la domination masculine s’inscrit aussi au travers de la violence morale et physique – autre terrible symbole, incontournable rempart au dialogue et à la remise en question.

LA DOMINATION MASCULINE
***(*)
Réalisation : Patric Jean
France/Belgique – 2007 – 103 min
Distribution : CNC
Documentaire
EA

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