Critique : La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil

On 15/09/2015 by Nicolas Gilson

Adaptation du roman éponyme de Sébastien Japrisot, LA DAME DANS L’AUTO AVEC DES LUNETTES ET UN FUSIL est un thriller érotique aussi affligeant qu’éprouvant que propose Joann Sfar. Prétentieux d’un bout à l’autre, le film est une dithyrambique (et interminable) démonstration esthétisante qui objectualise purement et simplement Freya Mavor. Une bouche, des seins, un cul et une cervelle de moineau ; n’est pas David Lynch qui veut. Désespérant.

la dame dans l'auto

Dany (Freya Mayor) est dactylo dans une agence commerciale. Lorsque son patron (Benjamin Biolay) lui demande de faire secrètement des heures supplémentaires, chez lui, la nuit, Dany accepte. Le lendemain, elle le conduit avec son épouse à l’aéroport. L’homme lui confie sa voiture. Dany consent à ramener la voiture à bon port mais, comme elle n’a jamais vu la mer, elle décide d’un détour dont il ne saura rien… Les personnes qu’elles croisent en route semblent la reconnaître.

Dany, qu’est-ce que tu veux ? Te rendre intéressante ?

D’entrée de jeu, nous sommes face à une séquence affectée où l’on découvre la jeune femme au bord de la mer tandis que résonne sa voix : « J’ai jamais vu la mer ». Le montage par flash, la captation aérienne et l’enrobage musical flairent-ils la stylisation à outrance que nous nous rendons rapidement compte que la réalisateur ne pense le film que pour son seul plaisir, oubliant le spectateur ou le prenant, au mieux, pour un demeuré – ce qui lui fait un point en commun avec son héroïne.

la dame dans l'auto

Le réalisateur cherche-t-il à nous fondre au ressenti de Dany à travers son commentaire qu’il en fait parallèlement un corps subdivisé en parcelles sexuées, un véritable morceau de viande auquel il parait dès lors impossible de s’identifier. La faible femme (fatalement animée par un désir violent, presque de l’ordre du viol, pour la figure autoritaire de son patron) semble au fil de sa réflexion d’une bêtise d’autant plus inouïe que Joann Sfar se sent obligé, au montage, de surligner son discours par des effets d’inserts et de flash-back redondants. Le récit n’en est qu’à ses prémisses que nous redoutons déjà le pire.

Tu traverses un rêve Dany et c’est le rêve de quelqu’un d’autre.

Le mode narratif vise-t-il à nous plonger dans le questionnement de Dany que le dédoublement identitaire dont elle devient le témoin est appuyé tant dans les effets de réalisation que dans les jeux de montage qui, à trop renforcer son ressenti, le déforcent inexorablement. Le trouble est d’une lisibilité telle que la trame, bien maigre, en devient lisse. Une panade sans saveur servie d’une révélation platement explicative et illustrative (la redondance est un maître-mot) qui ponctue l’essai, l’oeuvre ou l’expérience, c’est selon.

Le découpage est-il léché (tout comme les décors et les costumes) qu’il n’exprime rien ; la musique est-elle choisie avec soin que son emploi, incessant, est d’une rare vacuité. Si nous sentons la recherche d’un style, nous nous rendons compte que Joann sfarr n’en a aucun tant il oublie deux éléments essentiels : son héroïne et le spectateur, dindons de la farce. Met-il en scène un roman des années 1960 qu’il en transforme l’héroïne en un objet sexuel dont le manque de confiance en soi se meut en bêtise, transposant avec acuité la misogynie d’une époque sans s’en distancier.

LA DAME DANS L’AUTO AVEC DES LUNETTES ET UN FUSIL

Réalisation : Joann Sfar
France / Belgique – 2015 – 93 min
Distribution : O’Brother
Drame érotico-onaniste

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