La crème de la crème

On 08/04/2014 by Nicolas Gilson

Si avec LA CREME DE LA CREME, Kim Chapiron signe une comédie efficace, il dresse un portrait assez superficiel de la génération « Y ». En toile de fond, la réalité de la prostitution « estudiantine » semble lui servir de pure prétexte à une aventure où, entre deux chansons, se tissent sans surprise des liens relationnels.

La crème de la crème - Alice Isaaz

« J’ai Piqué l’idée à Tupperware »

Admise d’office dans une grande école de commerce, Kelliah (Alice Isaaz) y fait la connaissance de Dan (Thomas Blumenthal) lorsque son colocataire, un nobody de deuxième année, tente de la draguer. Comparant la réalité régissant les relations sentimentales et les cotes de popularité aux règles du marché, ils prennent le pari de rendre populaire celui qui ne l’est pas en glissant une fille dans son lit. Rapidement Louis (Jean-Baptiste Lafarge) devient leur complice et le garant de leur réussite. Proxénètes de fait, ils développent leur activité derrière l’étendard d’un club dont le succès s’emballe.

Franchement démonstratif, le scénario présente la qualité d’être empli d’humour et de proposer la photographie d’une réalité de la jeunesse contemporaine où le porno se consomme sur écran 3D, où « chatroulette » semble encore avoir un avenir, où l’on tripe sous MDMA et où « elles sont toutes des taspés ». Toutefois Kim Chapiron s’intéresse, comme l’indique le titre du film, à une certaine élite. Définie à gros traits, celle-ci n’est pas entièrement impénétrable puisque le personnage de Kelliah s’y invite. Néanmoins caricature de la « tête » issue du prolétariat, sa différence de statut est soulignée et devient tout à la fois un objet de moquerie et de désir de la part d’un de ses condisciples – autre caricature voire mythe revisité du conte de fée.

Le devenir du petit business des trois compères se tisse entre les ellipses et de nombreuses scènes « récréatives » où le dialogue est le seul réel moteur. Pour ce qui est de la psychologie, il faut repasser. Kim Chapiron tend à la stricte efficacité à l’instar de la caractérisation très « marquée » des différents protagonistes. Si cela fonctionne et offre au film sa tonalité, l’absence de psychologie ne dédouane pas la démarche d’assoir un postulat des plus déplorable. Bien au contraire. À en croire Kim Chapiron, toutes les filles prolétaires – qui le restent car elles ne sont pas aptes à croire en elles – sont des putes qui s’ignorent. Miroir de cet état, le personnage de Kelliah (ou plutôt Kelly) semble même – comme c’est commode – légitimer cette vérité. Mais peut-être n’est-ce là qu’un cliché comme un autre dont s’amuse le réalisateur…

Dépourvue de singularité, l’approche esthétique tend à la pure efficacité. L’ensemble est artificiel et permet au réalisateur de mettre en scène un petit théâtre dont il s’amuse au sein duquel il semble prêter attention aux éléments de décor qui sont autant de révélateurs – soulignés – de l’identité et de la réalité de ses protagonistes. Il ne nous épargne guère des effets purement rhétoriques ou esthétisants qui attestent plus des moyens de productions alloués au projet que de la pertinence de son regard. Car si le sujet abordé est riche, la démarche de Kim Chapiron s’avère platement superficielle. Alors, certes, on rit mais à l’instar des protagonistes la prostitution devient à nos yeux un simple jeu de billes. « L’immoralité » de l’approche est néanmoins pertinente puisqu’elle n’est que le reflet de l’univers auquel s’intéresse le réalisateur.

La crème de la crème - affiche

LA CREME DE LA CREME

Réalisation : Kim Chapiron
France – 2014 – 86 min
Distribution : Belga Films
Comédie dramatique

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