Critique : La Belle Personne

On 01/01/2009 by Nicolas Gilson

Suite au décès de sa mère, Junie va vivre chez son cousin Mathias et, en cours d’année scolaire, intègre le même lycée que lui. Ils sont dans la même classe et Mathias introduit Junie auprès de ses amis. Au sein de ce groupe des couples prennent place, mais rapidement les masques tombent. Otto, le plus timide de la bande, s’éprend de Junie. Mais il n’est pas le seul; Jacques Nemours, le professeur d’italien, est bouleversé par sa rencontre avec elle…

la-belle-personne-17-09-2008-2-g

Christophe Honoré fait preuve d’un réel langage cinématographique. Mais cette maîtrise est chez lui fort ambiguë car ce langage semble témoigner d’une pédanterie extrême au point de n’être que purement artificiel. S’il connaît visiblement la grammaire des autres cinéastes, principalement – si pas exclusivement – ceux de la nouvelle vague française, et qu’il y fait référence au point de l’intégrer, il ne parvient cependant pas à créer un langage qui lui est propre. Sans doute n’est-ce là qu’une impression perfide due à la distanciation induite par le bel esprit suffisant qui transpire de chacun de ses personnages…

LES YEUX AU CIEL

Car dans La Belle Personne, comme dans Dans Paris ou encore Les chansons d’amour, ses personnages sont autant de grammatistes et de poseurs apparaissant n’être qu’une variante du même, une suite de clones hybrides de son acteur fétiche Louis Garrel. Une seule exception : Grégoire Leprince-Ringuet qui semble incarner – à nouveau – l’altérité possible, celle induisant la timidité et la faiblesse, les failles et le réalisme, en somme la brebis parmi les loups – où la France face à Paris.

La belle personne - Louis Garel - Agathe Bonitzer

Ce qui est irritant dans le cinéma de Christophe Honoré c’est qu’il repose sur une parfaite maîtrise grammaticale. La Belle personne est intelligemment construit en deux temps : une ouverture presque théâtrale, marquant l’artificialité du récit qui va prendre forme, dont le doublon engendrera le passage à un épilogue. Et si l’artifice est clairement souligné, il ne peut que prendre de la valeur grâce au réalisme de nombre de plans – l’exemple paradigmatique est la succession de gros plans sur les visages des élèves. Une dualité dont émane l’intérêt même du film : c’est au coeur de l’artificiel, du romanesque que prend écho la vie même. Mais cette conclusion – qui renvoie à la genèse même du film – n’est pourtant que difficilement accessible.

En cause, en vrac : une autoréférence dans le casting, un univers parisien trop élitiste, un fourre-tout stylistique… un réelle pédanterie ! Mais si cela dessert son film, ça ne permet pas pour autant de le condamner.

En somme il s’agit d’y adhérer ou non. Et sans y parvenir il est indéniable que La Belle Personne témoigne d’effets intelligents. Le réalisme et l’artificialité ne cessent de se confronter au sein d’une même séquence. Le dialogue est une des hypothèse permettant cette confrontation : le texte oscille entre la distanciation littéraire presque récitée et un vocable vulgarisé. L’assimilation au sein d’un même plan de deux réalités filmiques y contribue aussi, ainsi grâce au montage l’indivuel sera fondu dans la masse au même titre qu’il en sera isolé. Peuvent encore être évoqués les effets de mise en abîme – avec au sein même du film des renvois pluriels – ou encore l’emploi de la musique.

LA BELLE PERSONNE
**
Réalisation : Christophe HONORE
France – 2007 – 90 min
Distribution : Coopérative Nouveau Cinéma
Drame
Enfants admis

la-belle-personne-17-09-2008-10-g

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>