Critique : La bataille de Solférino

On 30/09/2013 by Nicolas Gilson

Premier long-métrage de Justine Triet, LA BATAILLE DE SOLFERINO séduit (un peu) et agace (un peu plus) tout à la fois. Alors que l’énergie de l’ouverture du film fait corps à l’urgence qui anime les protagonistes, à mesure que la première s’affaiblit, la seconde a raison de notre attention et de notre intérêt. La sincérité de l’interprétation est-elle admirable que le manque de qualité technique se révèle assassin. A suivre.

la bataille de solférino

Reporter pour la télévision, Laetitia (Laetitia Dosch) couvre au pied levé les résultats des élections présidentielles. La journée de ce 6 mai 2012 démarre dans l’urgence : en retard, Laetitia confie ses enfants à un baby-sitter dépassé avant même de commencer, salue son petit ami et doit faire face à son ex (le père des enfants) qui veut faire valoir très gauchement son droit de visite…

Le film s’avère dual. Réalisé dans une économie de moyens apparente, il transcende la soif de création de la réalisatrice et de l’ensemble de l’équipe. Palpable d’entrée de jeu, cette énergie se dévoile dans un capharnaüm séduisant empli d’humour et de réalisme (la légèreté comme arme politique). Nous pénétrons l’univers filmique par la découverte de la mise en route bordélique de Laetitia qui doit partir couvrir, depuis le siège du PS rue de Solférino, le second tour de l’élection présidentielle de 2012. Bientôt confrontés à l’arrivée de Vincent – second axe narratif – nous suivons également l’évolution du baby-sitter franchement gauche – un troisième axe, pivot, délaissé. La construction du film laisse dubitatif : d’une partie de ping-pong captivante entre Laetitia et Vincent dont les enfants (et le baby-sitter) deviennent le filet à une succession de séquences elliptiques qui tirent en longueurs. Au fil de son développement, LA BATAILLE DE SOLFERINO s’épuise inexorablement.

Etrange mouvement que d’épouser pas à pas les étapes qui composent jusqu’à un certain point cette journée spécifique avant d’en retrouver les protagonistes après quelques sautes narratives où disparaissent les enfants jusqu’alors ciment le l’ensemble.

Derrière la tranche de vie exposée, le film esquisse le portrait de la société française tantôt à dessein caricaturée (des témoignages face caméra « capté » par la réalisatrice), tantôt appréhendée à vif en marge de toute mise en scène – des images « documentaires » prenant place de-ci, de-là. La gageure est saluable mais assoit un contraste marqué entre le « vrai » et le « faux » dans l’approche esthétique qui se dessine dans les valeurs de plan, la lumière et quelques hiatus dans les raccords.

LA BATAILLE DE SOLFERINO présente de nombreuses failles techniques tant la photographie et le son semblant attester d’un amateurisme – certainement dû au manque de moyens et à une certaine urgence. Mais la force – et l’intérêt – du film réside dans la qualité d’interprétation et dans la captation de l’énergie des comédiens par la réalisatrice. Laetitia Dosch, Vincent Macaigne et l’ensemble du casting sont criant de sincérité (ceci dit, les enfants peut-être un peu trop).

LA BATAILLE DE SOLFERINO

Réalisation : Justine Triet
France – 2013 – 94 min
Distribution : Numéro Zéro
Comédie dramatique

Cannes 2013 : l’ACID
FIFF 2012 : Compétition Cantillon

la bataille de solferino - affiche

la-bataille-de-solferino

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