La Bataille de l’Eau Noire

On 21/09/2015 by Nicolas Gilson

En 1978, il y avait en Wallonie un village d’irréductibles prêts à tout pour qu’un projet de barrage soit ranger aux oubliettes. Défiant l’ordre établi comme le monopole des médias, les habitants de Couvin se sont mobilisés en un mouvement populaire qui est devenu le garant de leur victoire. Benjamin Hennot retrace l’intensité d’un combat héroïque en offrant la parole à celles et ceux qui l’ont mené.

La bataille de l'eau noire - archive

Lorsque Guy Mathot, alors Ministre des Travaux Publics, annonce l’érection future d’un barrage dans la vallée de l’Eau Noire, la population concernée ne manque pas d’imagination pour anéantir cette entreprise. Tout commence par une banale implication citoyenne lors d’un conseil communal qui vire au chahut et se meut en une bataille contre l’administration conduisant les Couvinois à assiéger le ministère fédéral, à créer la première radio libre (et illégale) de Belgique ou à trouver dans les billets de banque l’objet idéal pour leur glorieuse propagande.

Le temps a-t-il passé que les acteurs d’alors paraissent encore et toujours animés par la fougue qui leur permit de faire front et d’obtenir gain de cause dans une folle bataille contre un projet qui s’est avéré in fine irréaliste. Allant à leur rencontre, le réalisateur compose le récit de leurs aventures au fil de témoignages qui deviennent l’expression d’une seule et même voix. A mesure que leur combat se dessine dans sa chronologie, les anti-barragistes attestent d’une énergie exaltante, le timbre de leur voix et le pétillant de leur regard marquant une détermination qui n’a rien perdu de sa puissance.

Lorsque le film s’ouvre, discours de Guy Mathot se superpose à une série d’images dans une cacophonie qui ressemble à celle d’un orchestre accordant ses instruments. Entre les plans, les cartes et les maquettes, malgré une coulée de béton, la nature s’impose, calme et inquiétante. L’eau est en son lit, prête à déborder. La colère de Couvinois est-elle d’entrée de jeu palpable que des archives télévisuelles permettent de contextualiser « La bataille de l’Eau noire ». L’évocation prend place.

La bataille de l'eau noire - archive photo

Aux entretiens avec les « irréductibles » répondent des extraits de presse, des photos et autres documents filmés permettant d’illustrer leurs propos. Dans la voix des protagonistes comme à l’écran, une pleine époque prend alors vie. Ils seront ingénieux, conscients que pour se faire entendre il faut faire du bruit. Ils mettront en place des opérations coup de poing en prenant bonne garde de prévenir les médias et afin de s’assurer une réelle couverture, ils créeront une radio pirate. Ils seront fiers, répondront avec humour et radicalité aux injures, et s’amuseront jusqu’à s’en bruler le bout des doigts avec l’autorité. Ils seront imaginatifs et, encore aujourd’hui, déterminés.

La propagation de leur revendication (ce « non au barrage » derrière lequel se cache la défense non seulement d’une terre mais de ses valeurs) est mise en scène par Bejamin Hennot au travers d’une animation symbolisant la contagion d’une idée de révolte lorsque les petites gens, dans un esprit collectif, avaient la force de défendre leurs convictions. Si quelques plans de coupes et quelques illustrations agacent, le réalisateur cherche plusieurs voies de représentation permettant d’attiser notre attention et faisant un lien entre hier et aujourd’hui. Car, à l’heure de la virtualité excessive, ce fragment de l’Histoire est loin d’être anecdotique et met en lumière l’intérêt de tout réel engagement citoyen.

LA BATAILLE DE L’EAU NOIRE
♥(♥)
Réalisation : Benjamin Hennot
Belgique – 2015 – 74 min
Distribution : Ere Doc
Documentaire

La bataille de l'eau noire

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