Interview : Kuba Czekaj

On 04/09/2015 by Nicolas Gilson

Sélectionné pour participer au 3 ème atelier cinéma du Collège de la Biennale, Kuba Czekaj a vu son projet y être finaliste. Après une première phase d’écriture, il a eu quelques mois pour mené a bien la production de BABY BUMP avec pour excitation l’assurance d’une sélection à la 72 ème Mostra del Cinema. Explosif et débordant d’imagination, le film met en scène un jeune adolescent qui doit faire face à ses bouleversements hormonaux. Rencontre avec le réalisateur polonais qui, après 7 court-métrages, signe son premier long.

kuba_czekajQuelle a été la genèse de BABY BUMP ? - La question des bouleversements du corps pour un jeune garçon pré-pubère m’interpellait, lorsqu’il ne comprend pas ce qui lui arrive et que son corps devient monstrueux à ses yeux. Je voulais à la fois travailler sur cette thématique – ce corps qui commence à se transformer – et sur la relation à la mère. La situation lui apparaît être un cauchemar et ce qui nous intéressait particulièrement.

Vous vous intéressez à ce moment-clé de l’éveil à la sexualité lorsqu’on ne la nomme pas encore. - Je ne sais pas si ce sujet est tabou mais je me suis rendu compte que lorsque l’on évoque ce moment, on parle de la voix qui mue mais jamais ni de la sexualité ni du corps en pleine mutation. Nous voulions dès lors parler de ces choses. Je pense que l’approche est assez inédite. Comme j’ai travaillé par le passé avec des enfants, cela m’a semblé naturel de continuer ce travail en me dirigeant vers ces autres thématiques.

Baby Bump - mickey & MommyJustement comment avez-vous travaillé avec votre comédien, Kacper Olszewski ? - Nous avons préparé le rôle de Mickey avec lui pendant deux mois en évoquant chacune des scènes. Je pense que l’élément essentiel a été la confiance. Nous avons mis en place une complicité amicale qui nous a permis de parler librement des choses. Ses parents ont également jouer un rôle décisif dans cet échange. S’ils ne m’avaient pas fait confiance, cela aurait été compliqué de faire toutes ces scènes où les situations sont assez étranges.

Mickey est qualifié de « queer » par ses condisciples. - Mickey incarne celui qui est différent de ses amis – même s’il n’en a pas. Il est complexé par ses oreilles et il exagère chaque chose – car son esprit est lui-même complexe. Il aimerait être un fantôme… Je crois que c’est assez naturel. Dans chaque école ou chaque bande d’adolescents, il y a quelques personnes qui dénotent du groupe. J’aime ce genre d’outsiders. Ils ont besoin d’attention et, en même temps, c’est très compliqué pour eux d’intégrer le groupe. Pour eux, c’est une situation dramatique.

Il fait de lui un outsider avec le paradoxe qu’en voulant s’effacer il se rend d’autant plus visible. - Oui. Il aimerait n’être personne, se fondre dans la masse, être un fantôme que personne ne voit mais ce n’est pas possible. Et au final ce n’est pas vraiment son rêve. Il veut juste se sentir bien.

La mère de Mickey n’a pas de nom, elle s’appelle simplement « Mommy ». - Je déteste les noms au dans les films. Déjà dans mes court-métrages je préférais donner des surnoms à mes personnages. Je l’appelle « maman » parce qu’elle est proche de son fils – trop sans doute. Elle refuse de voir que son fils change et qu’elle a besoin de plus d’espace personnel, d’intimité. C’est la « maman » de son petit garçon. Mais elle doit prendre conscience de ce sui se passe, qu’il change et qu’elle doit respecter cela en ne le traitant plus comme un enfant.baby bump - Mickey

Ce nom nous confronte aussi à la situation opposée : Mickey doit prendre conscience que sa maman est aussi femme. - Oui, mais comme elle est la seule femme de son entourage, il doit tout apprendre d’elle. Dès lors, il l’observe, voit comme elle interagit avec les hommes. Elle travaille chez eux, ce qui crée aussi une situation particulière.

Vous jouez avec les couleurs et les codes qui leur sont alloués, à l’instar du rose et du bleu. - Comme vous le savez le rose a une connotation féminine tandis que le bleu est pour les garçons. Chez lui, Mickey est vêtu de rose, ce qui assoit l’idée que sa mère le considère comme un petit garçon. En habillant la mère en bleu, on crée un contraste qui parle de lui-même. Mais la couleur noire est aussi importante : dès qu’il sort de chez lui, il est vêtu de noir. Cela renvoie à l’image qu’il a de lui-même et à cette envie d’être effacé.

Vous ouvrez le film sur un rêve qui se meut en cauchemar. - Cette séquence donne toutes les indications sur le film. Je trouve qu’il est important de montrer dès le départ de quoi il s’agit. A mesure que la mère mange des choses, le jeune garçon a l’impression qu’elle le mange lui.

Malgré un micro-budget, vous semblez libre de faire ce que vous voulez comme si tout est possible. - C’est grâce à la fantastique équipe avec qui nous avons travaillé sur le projet. Personne ne l’a fait pour l’argent, c’était vraiment une expérience collaborative. Le budget était en effet très serré mais cela nous a en un sens conduit à plus de précision dans le travail. Les contraintes budgétaires et temporelles ont enclenché cela. On n’avait pas la possibilité de faire des erreurs. Et puis, la perspective d’une première dans le cadre du Festival de Venise nous a insufflé, à tous, l’énergie nécessaire.

De nombreux réalisateurs ont un égo démesuré. Vous semblez témoigner du contraire. Une impression que l’on peut par ailleurs ressentir en se rendant sur le site dédié au film où votre nom n’est pas mis en avant et apparaît après celui de vos productrices. - C’est tout à fait naturel. Et ça l’est sans doute plus dans le cadre d’un projet comme celui du Collège de la Biennale. Cet atelier nous a sans doute appris qu’il est essentiel que les producteurs et le réalisateur soient proches et parlent d’une même voix. Sans cette complicité, un tel projet n’est pas réalisable. On a vraiment développé le projet ensemble du début à la fin. Quand j’ai contacté Magda (Kaminska) et Agata (Szymanska), je n’avais qu’un texte d’une page. (…) Par ailleurs on a amené avec nous toute l’équipe ici à Venise, 25 personnes, pour la première.

Baby Bump - poster

Sala_Web_2015

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