Critique : Kreuzweg

On 20/10/2014 by Nicolas Gilson

Transposant avec habilité le « Chemin de croix » et mettant en perspective ses quatorze stations au regard de l’évolution d’une jeune adolescente, Dietrich Brüggemann signe un film sensationnel. La subtilité de l’écriture, la radicalité de la réalisation et la qualité d’interprétation de l’ensemble du casting convergent vers une oeuvre aussi admirable que troublante.

Kreuzweg 1 Jesus is condemned to death

1. Jésus est condamné à être crucifié

Ainée d’une famille de quatre enfants éduqués sous les préceptes religieux de la fraternité sacerdotale de Pie X, Maria (déconcertante Lea Van Acken) s’apprête à confirmer sa foi. Son coeur appartient à Jesus à qui elle aimerait lui prouver sa complète dévotion. Pour lui et l’amour de Dieu, elle est prêtre à tous les sacrifices jusqu’au don d’elle-même. Mais le chemin du Christ n’est-il pas parsemé d’épreuves ?

Construit en quatorze tableaux qui sont autant de plans séquences, KREUZWEG est mis en scène avec une épure significative. La fixité du cadre (quasi absolue d’un bout à l’autre du film) permet au réalisateur d’attiser l’attention du spectateur sur les interactions – ou leur absence – entre les différents protagonistes. Les rares mouvements de caméra sont opérés à dessein afin de repositionner ou d’ouvrir le regard du spectateur.

Bien que la justesse de chacune des prises repose sur une réelle prouesse à la fois technique et artistique – jusqu’au moindre figurant la distribution est parfaite –, force est de constater que le scénario co-écrit par le réalisateur et sa soeur Anna est magistral. Ils donnent à chacune des scènes une puissance remarquable et développe avec une rare acuité un sujet complexe auquel ils confèrent une universalité stupéfiante. Plus encore ils témoignent d’une pointe de sarcasme qui insuffle au film moult respirations tout en apparaissant être autant de commentaires.

Chaque scène est introduite par un intertitre avec lequel elle entre indéniablement en dialogue. De la condamnation de Jésus à la crucifixion à sa mise au tombeau, les quatorze stations du chemin de croix revêtent ainsi un sens nouveau. Le radicalisme de la foi de Maria – mais aussi de l’éducation qui lui est donnée – se veut rapidement emblématique. Il ne s’agit dès lors pas de mettre à mal la religion ou la foi mais de les mettre en perspective quant au caractère pernicieux que peut avoir tout discours despotique et absolu.

Le premier tableau n’est-il d’ailleurs pas évocateur. Dans le cadre de la préparation d’un groupe d’enfants à leur confirmation, l’influence du prêtre – figure d’autorité – est habilement mise en scène. Alors que certains enfants, certes impressionnés, témoignent d’une distance amusée quant à son discours, Maria se montre dévote. Les mots et l’insistance du prête trouvent en elle un écho radical la conduisant à son sacrifice. Et si au fil des séquences le réalisateur travaille à acter d’une distance quant à l’aveuglement de l’endoctrinement (religieux) et à son radicalisme, il offre la possibilité au spectateur d’apprécier l’abnégation de la jeune fille.

Kreuzweg 7 Jesus falls for the second time

KREUZWEG
Stations of the Cross
♥♥♥(♥)
Réalisation : Dietrich Brüggemann
Allemagne / France – 2014 – 107 min
Distribution : ABC Distribution
Drame

Berlinale 2014 – Compétition Officielle

kreuzweg-poster

Mise en ligne initiale le 9/02/2014

Kreuzweg 2 Jesus takes up the cross on his shoulders

Kreuzweg 6 Veronica wipes the face of Jesus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>