Critique : The Commune (Kollektivet)

On 06/04/2016 by Nicolas Gilson

Opus assez faible de Thomas Vinterberg, KOLLEKTIVET apporte un regard cynique sur les rapports amoureux dont il souligne l’éphémirité. Retrouvant au scénario son complice de SUBMARINO et JAGTEN (La chasse), Tobias Lindholm, il offre à Trine Dyrholm un rôle dans lequel elle excelle – son regard nous conduisant à partager ses vertiges.

Kollektivet 02 The Commune - Thomas Vinterberg © Henrik Petit

Lorsque Erik (Ulrich Thomsen) hérite de la villa de son père, sa compagne Anna (Trine Dyrholm) propose qu’ils y vivent en « collectivité » – elle en a toujours rêvé et ça paiera les charges. Une idée qui ne déplait pas à leur fille Freja (Martha Sofie Wallstrøm Hansen). Ils invitent Ole (Lars Ranthe) à participer à l’aventure. Ils seront bientôt 9 à vivre sous le même toit dans l’euphorie des années 1970. Mais le bonheur d’Anna provoque, sans qu’elle ne s’en rende compte, l’éloignement d’Erik.

Le scénario est construit par périodes qui agissent comme des vagues sentimentales, se terminant sur un fondu au noir qui scelle un état d’esprit ou un état d’âme. La première vague est-elle celle de l’insouciance (retrouvée) que le réalisateur nous avertit d’emblée, grâce à l’emploi d’une chanson, que « c’est bientôt fini » et que « nous n’avons qu’un jour pour aimer ». Les enjeux relationnels sont au centre d’une étude dont l’écriture transparait lui permettant de croiser l’évolution d’une famille nucléaire qui fuit justement cette réalité de fait. Notre attention est d’abord centrée sur Erik avant de se tourner vers Anna – le film ne décollant vraiment que dans sa dernière partie, lorsque la femme trompée invite sous son toit une pâle copie de 20 ans sa cadette. Freja devient quant à elle le parfait outil permettant les enchainements et une conclusion amère qui renvoie au premier avertissement (musical).

Kollektivet 01 The Commune - Thomas Vinterberg © Henrik Petit

La dramaturgie générale, assez fluide malgré son caractère disparate présente l’originalité de distiller ce qu’elle a de tragique dans la comédie. Impossible dès lors de ne pas envisager le film comme une version édulcorée de FESTEN et dès lors en demi-teinte. Les personnages secondaires servent tous de passe-plats. Et s’il est amusant de voir Fares Fares dans un rôle léger, le surjeu auquel nous sommes confrontés est assez déconcertant. Ce caractère enrobé, comme si Vinterberg cherchait à composer un bonbon cristallisé plein de colorant au coeur acidulé, se retrouve déployé dans l’utilisation de la musique. Celle-ci assoit l’atmosphère générale tout en inscrivant un leitmotiv qui ne fait sens que lorsque le silence ou une subjectivité sonore s’impose.

Si la musique est une arme facile que le réalisateur emploie pour nous impressionner, son absence lui permet en effet de sublimer quelques séquences qu’il met en scène de manière magistrale et dans lesquelles Trine Dyrholm est foudroyante. Loin de nous bouleverser, KOLLEKTIVET présente in fine un caractère pervers tant le réalisateur condamne ses personnages, incapables de s’aimer et de se respecter (eux-mêmes ou entre eux), au fil d’un développement dont nous intégrons benoîtement la légèreté apparente. La comédie s’impose alors : nous en sommes l’objet.

THE COMMUNE
Kollektivet
♥♥(♥)
Réalisation : Thomas Vinterberg
Danemark – 2016 – 111 min
Distribution : September Film
Des-illusions amoureuses

Berlin 2016 – Sélection Officielle – Compétition

The Commune - Kollektivetmise en ligne initiale le 20/02/2016

Kollektivet 03 The Commune - Thomas Vinterberg © Ola Kjelbye

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