Critique : Knight of Cups

On 12/09/2015 by Nicolas Gilson

Nouvelle variation du délire prophétique et introspectif entamé avec TREE OF LIFE et TO THE WONDER, KNIGHT OF CUPS repose sur une dynamique en tout point similaire. Cet assommant éternel retour du même présente toutefois une variante : le discours. Si son principal protagoniste met en question et en perspective ses choix de vie, il devient le prétexte pour le réalisateur à dénoncer la perversion de l’univers so glam du cinéma et de la mode ; de la production cul-turelle. Certes sensationnel, vertigineux au point d’en devenir nauséeux, le film est horriblement sinueux et affecté.

Toutes ces années j’ai vécu la vie de quelqu’un que je ne connais pas

Où se situe le commencement ? Un homme se tient dans une étendue désertique. Des mots résonnent. D’autres leur font écho. Des souvenirs répondent à des préceptes. Les gestes s’enchainent, le temps s’évapore. L’homme apparaît, ailleurs. Il voyage à travers sa vie, les femmes. Où se situe le commencement, se dit-il, lui qui a durant toutes ces années vécu la vie de quelqu’un dont il ignore l’identité.

"Knight of Cups"

Sans doute faut-il être cartomancien-ne pour comprendre le sens profond du film commis par Terrence Malick. Synonyme d’envolées sauvages, le Knight of Cups (Chevalier de Coupes) est une figure du tarot mais aussi, ne l’oublions pas, des cartes des amateurs de bistrot en méditerranée. Et le film de Malick divise au même titre, entre science réservée aux initiés et récit décousu, inaudible ou passionnant selon le degré d’alcool consommé ou la position au comptoir. Bien que chapitré, le scénario est inexistant juxtaposant, enchainant, enchâssant des scènes comme autant de tableaux voire de touches de peinture. Lorsque l’impressionnisme rencontre l’expressionnisme – abstrait –  de Pollock… ou vomi cinématographique, c’est selon.

Le Chevalier de Coupes se fait tirer les cartes : La Lune, le Pendu, l’Ermite, le Jugement précèdent la Tour, la Papesse, la Mort et la Liberté. Pourtant les enjeux se confondent et plus que se faire échos, les mots d’épuisent, s’effacent.

Open your mouth

Se dessinent tout de même quelques thématiques au-delà de celle première de la remise en question de soi – et une fantomatique relation au père. Homme à femmes, le protagoniste évolue à Los Angeles dans les strates de la mode et du cinéma, de l’argent et du pouvoir, des médias et de la jet set. Ses sensations ne semblent jamais lui appartenir, au mieux deviennent-elles les projections du réalisateur qui livre au fil d’une approche sans syntaxe une critique presque lynchéenne de la réalité qui se cache derrière le strass et les paillettes. Les sensations deviennent autant d’impressions dont nous sommes bientôt les témoins affligés.

Si l’un des point mis en scène est l’objectualisation de la femme, triste est de constater que Malick est le premier en faire un pur objet tant il opte pour une composition dont la logique semble celle de la photographie de mode qu’il dénonce. Réduite à quelques apparitions, les femmes sont des mouchoirs jetables tant pour le protagoniste que le réalisateur, des kleenex aux multiples effets… Est-elle sublime que Cate Blanchett n’a rien à défendre. Une première qui rend l’ensemble plus encore affligeant.

knight of cups - posterKNIGHTS OF CUPS

Réalisation : Terrence Malick
USA – 2015 – 118 min
Distribution : Paradiso Filmed Entertainment
Délire introspectif

Berlinale 2015 – Compétition Officielle

slider65BerlinaleUGMmise en ligne initiale le 9/02/2015

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