Critique : Killer Joe

On 10/09/2012 by Nicolas Gilson

Irrévérencieux, KILLER JOE explose les codes sociaux et s’avère succulent. Thriller flirtant avec de nombreux genres – du fantastique à la comédie pure – le film de William Friedkin est délectable pour un public averti et sans doute plus que choquant pour les autres.

A dessein scandaleux, le réalisateur nous écorche en mettant à mal les stigmates de notre société : objectualisation de la femme ou encore désacralisation de la famille et de l’autorité servent de base à un divertissement empli d’humour qui jette néanmoins un regard sombre sur le devenir sociétal.

Chris, la vingtaine, débarque chez son père au milieu de la nuit. Après un échange verbal acerbe avec sa belle-mère qui lui ouvre la porte « cul-nu », le jeune homme emmène son paternel dans une boîte de striptease afin de discuter. Le jeune-homme, dealer, a une dette de 6000 dollars car sa mère lui a volé sa came. Venant d’apprendre qu’elle a contracté une assurance-vie dont le bénéficiaire est sa soeur, Chris demande à son père d’être son complice afin d’engager un tueur : Joe. Celui-ci, policier le jour, a l’habitude d’être payé en avance mais il accepte la « mission » avec pour garantie, la soeur de Chris.

D’entrée de jeu la trame narrative et la caractérisation des protagonistes sont aussi impertinentes qu’irrésistibles : les rôles sont redistribués et les valeurs n’ont pas cours. Une mise à mal d’autant plus délectable qu’elle est condamnable. Le développement scénaristique n’épargne aucune règle. Vulgaire, irrespectueux à de nombreux égards, KILLER JOE se joue des codes moraux et sociétaux. Mais derrière la gratuité apparente, c’est le constat d’une société occidentale en perdition qui s’inscrit. Un constat amer que Friedkin rend hilarant.

Le réalisateur joue parallèlement avec les codes esthétiques de nombreux films de genre. Proche de la série Z, il revisite le western et le thriller avec humour tout en flirtant avec le fantastique – avec l’évocation d’un absolu qui lui semble cher – et en exacerbant le caractère sexuel des femmes qu’il réifie proprement. Ainsi il joue avec certains codes de la pornographie – qui repose sur l’objectualisation des corps – en mettant notamment en scène une fellation d’un genre particulier. L’approche esthétique dans son ensemble – de la photographie au montage sonore – ancre ce jeu.

KILLER JOE est impétueux : un délice à apprécier avec une juste distance.

KILLER JOE
♥♥♥
Réalisation : William FRIEDKIN
USA – 2012 – 102 min
Distribution : Belga Films
Thriller

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