Kaboom

On 06/12/2010 by Nicolas Gilson

Comment ne pas être dubitatif face à KABOOM ? Le film s’ouvre de manière explosive avant de retomber tel un soufflé raté. L’image est facile mais elle compose judicieusement un résumé malheureux.

L’approche esthétique permet de focaliser notre attention sur les objets de regard, de désir et les impressions ressenties par les protagonistes – principalement Smith. La complicité opérée dès l’ouverture du film ne cesse de se développer … Le travail de la photographie et les choix de cadrage, quelques fois étonnants, sont porteurs de sens. Toutefois les passages d’une séquence à l’autre ressemblent à des transitions de série télévisée désuettes.

Bien que la réalisation soit habile, le film ne convainc pas. C’est que le scénario ne cesse de s’épuiser. Pourtant il présente sans détour une jeunesse pour qui la sexualité est centrale. Toutefois la trame narrative se complexifie sans cesse : du rêve au quotidien, de l’étrange au suspens, de la réalité à la pure fiction, de l’ordinaire à l’étrange … Si bien que l’on ne peut qu’être déçu par la tournure envisagée.

L’explosion des genres (au sens sexuel) et le sens des répliques font mouche. Plus encore Araki parvient à rendre la tension sexuelle palpable d’un bout à l’autre du film. Le désir est exacerbé, la pulsion magnifiée. Mais la finalité narrative est d’une platitude désespérante.

Le film se construit en épisode. Un protagoniste, Smith, s’impose comme central. Il s’adresse à nous de manière directe, se présente et nous introduit (à) son quotidien… La sexualité tient d’emblée une place centrale. Elle a un statut hybride : elle est à la fois désacralisée et objet du désir. Araki gomme les frontières de la normalisation. Homosexualité et hétérosexualité s’interpénètrent. Tout est sexy et bandant, facile. Un peu trop facile d’ailleurs car au cœur de cette sexualité joyeusement explosée aucune protection n’est envisagée. Est-ce voulu ou omis ? Quoiqu’il en soit, les protagonistes ignorent l’existence des préservatifs. Si la lecture du film conduit à la fin du monde et à la monstratin d’une jeunesse en perdition, alors il n’est pas incongru que toute protection soit oubliée … Cependant la force du cinéma est de produire un écho réel de la fiction, et si la tension sexuelle est communicative, l’absence d’un simple réflexe, qui devrait pourtant être banalisé, est dangereuse !

KABOOM
♥(♥)
Réalisation: Greg ARAKI
USA – 2009 – 86 min
Distribution : BFD

2 Responses to “Kaboom”

  • Cher Migrador,

    Nous ne pouvons ignorer que dans la plupart de scènes où les rapports sexuels sont en effet suggérés (puisque, en effet, il n’y a pas d’images pornographiques et donc nulle monstration des actes sexuels) les protagonistes ne se protègent pas. Je prends pour exemple la séquence où Smith couche avec London : après un premier coït vaginal, après une brève discussion, un nouveau coït a lieu sans qu’il n’y ait d’ellipse et Smith pénètre London sans employer de préservatif.

    Dès lors je suis contraint de vous contredire sur les débuts de « baise ». Nous avons d’ailleurs une scène de préliminaires bien amusante réunissant London et le jeune homme sûr d’être hétérosexuel à 100%. Celui-là même qui la pénètre trop rapidement…

    La question revenait à plusieurs reprises dans mes notes. Le sujet m’intrigue et m’interpelle. Ce constat, ou cette impression puisque sans visualisation rien n’est certain ni dans un sens ni dans l’autre, m’avait fortement irrité. Ceci explique (ou non) cela.

    Nicolas G

  • Dommage en effet qu’il bousille un film si bien partit. Le second degré tant au niveau du scénario qu’en technique est complètement raté. Rien de tel qu’un bon John Waters qui a largement fait mieux dans le genre.

    Juste une chose, pourquoi cette note sur les préservatifs? On en sait rien qu’ils n’utilisent pas de préservatifs, car à l’inverse d’autres cinéastes de l’adolescence, on ne voit ni bite ni chatte en érection ou en pénétration. On ne voit d’ailleurs jamais un début de baise, que des fins (y compris ratées). Comme si le but d’Araki finalement était de nous baiser sans préliminaires (et peut-être sans capotes)…

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