Joueuse

On 19/08/2009 by Nicolas Gilson

«Dans un petit village de Corse, la vie d’Hélène, effacée et discrète, est faite de jours qui s’enchaînent et se ressemblent… Elle travaille comme femme de chambre dans un hôtel et semble apparemment heureuse avec son mari, Ange, et sa fille de quinze ans, Lisa. Sa vie modeste et monotone paraît toute tracée… Tout bascule le jour où, faisant le ménage d’une des chambres de l’hôtel, elle surprend, fascinée, un jeune couple d’américains très séduisants, qui jouent aux échecs sur une des terrasses. Tout d’abord intriguée, puis finalement passionnée par ce jeu, Hélène mettra tout en œuvre, avec obstination, pour maîtriser les règles des échecs jusqu’à l’excellence. Elle pourra compter sur l’aide du Docteur Kröger, un mystérieux habitant du village, pour arriver à ses fins. Mais cette métamorphose positive vers une nouvelle liberté pour Hélène, ne se fera pas sans modifier profondément ses relations avec sa famille, ses amis et les habitants du village.»

DE L’AFFIRMATION DE SOI

JOUEUSE est un premier film prometteur. Caroline Bottaro y met en scène avec intelligence l’affirmation de soi. Un personnage, admirablement interprété par Sandrine Bonnaire, prend doublement vie et insuffle au spectateur une réelle fraîcheur naïve et vivifiante. Alors l’écriture trop appuyée, les clichés, les annonces non exploitées ou encore la non cohérence du point de vue s’estompent magiquement tant le portrait esquissé est une douce fable sur la vie.

Caroline Bottaro met en place un réelle rencontre avec le personnage d’Hélène. Ses gestes semblent être mis à nu : c’est au travers de son quotidien que le spectateur la découvre. Une répétition de gestes, une ritualité, qui suggère un certain effacement. Femme de ménage, épouse, mère… Hélène ne se définit pas en fonction d’elle-même, comme si elle n’existait qu’à travers l’autre. Cet autre sera pourtant un déclencheur. Il sera le moteur d’une fascination étrange et envahissante qui va ancrer un basculement dans l’imaginaire et le psychologique de la protagoniste en quête d’elle-même.

Un objet matérialise cette chute : le jeu d’échec. Hélène est troublée par lui. Il concrétise une notion d’inconnu et il met en exergue une certaine déraison. La réalisatrice rend perceptible cette sensation. La fascination tout d’abord – découverte de l’objet (du regard) quasi onirique – et le désir animent la protagoniste. Ce sont ses failles comportementales qui permettent de visualiser cela. Ses gestes sont en rupture avec la rythmicité première. Plus encore ils griment l’objet même. Si l’esprit d’Hélène est envahi par un curieux désir de maîtriser la technicité des échecs, cela s’ancre visuellement : tout objet devient potentiellement pion voire plateau de jeu. L’esprit de la protagoniste est proprement envahi. Son délire psychologique sera mis en scène avec brio lors d’une brève séquence de nettoyage d’un sol en dalles noires et blanches : le trouble d’Hélène sera alors visualisé par le spectateur au moment précis où elle accuse la perdition.

Parallèlement à cela, deux hypothèses opposées sont développées : d’une part une approche réaliste et de l’autre un gonflement romanesque. Une terrible notion d’incohérence peut être évoquée. Mais la sincérité de l’approche prime à chaque séquence, ce qui atténue les erreurs au point de les effacer – pourtant les clichés sont nombreux et appuyés. En tout état de cause, le spectateur est invité à découvrir l’évolution d’une personne qui s’affirme et qui apprend à dire non. Il en suit l’évolution ; il est le témoin d’une magique transformation.

JOUEUSE
**
Réalisation : Caroline Bottaro
France – 2008 – 97 min
Distribution : Cinéart
Comédie dramatique
Enfants admis

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